Le récit d’Alexandre, papa du petit Calixte

L’histoire de notre tout-petit a vraiment commencé le jour où Nathalie s’est rendue chez le gynécologue pour la visite du 5è mois.

Avant cela, nous vivions cette grossesse comme celles de nos deux premiers garçons, normalement, confiants, sans plus d’attention particulière que pour les aînés. Nathalie n’exprimait pas un réel plaisir à être de nouveau enceinte, pas dans le fait d’avoir un nouvel enfant, évidemment, mais plutôt à cause des métabolismes qu’entraînent une grossesse. Il est vrai que ces cinq premiers mois avaient été particulièrement difficiles : malade, extrêmement fatiguée, avec Marceau et Clément demandeurs de toutes les attentions……
C’est la veille de cette visite que nous avions choisi son prénom : « Calixte ». Nathalie, me donnant dix prénoms par jour, il y en avait un qui revenait souvent, et puis comme une lumière, Calixte fut notre choix, celui qu’il porterait pour son existence et pour l’éternité.

Ce jeudi 5 juillet 2007 à l’annonce de son destin, notre famille n’allait plus être la même qu’avant. C’est un autre chemin, qui allait nous emmener vers autre chose, une aventure inconnue, celle du doute, de l’amour et bien d’autres sentiments et émotions.

Avec difficulté, le gynécologue a annoncé le diagnostic à la maman en restant très médical : Les reins de notre petit bébé étaient inexistants, rendant sa vie en dehors du ventre maternel impossible. Il explique qu’il va falloir arrêter cette grossesse et nous confie à l’un de ses confrères de l’hôpital Edouard Herriot, spécialisé dans le diagnostic anténatal et l’interruption de grossesse. Le rendez-vous est fixé cinq jours plus tard.

Cinq jours dans l’attente de cette confirmation de diagnostic, cinq jours où l’on pleure, cinq jours où l’on espère qu’il s’agit d’une erreur, que le miracle sera pour nous. On bascule dans un cauchemar, dans l’irréel, l’impossible, l’inimaginable.

C’est dans la douceur et la pénombre, avec la seule lumière de l’écographie que nous redécouvrons Calixte. On nous confirme alors que notre bébé ne pourra effectivement pas vivre avec nous. Difficile d’accepter qu’il ne rentrera pas à la maison comme Marceau et Clément avant lui et que la maman sera seule avec son ventre vide, vide de tout.

Comment ne pas être en colère, comment ne pas trouver cela injuste. Cet enfant innocent, ce tout-petit que nous voulions tant, que nous étions prêt à accueillir dans notre famille, que ses frères attendaient, ses cousins et cousines, ses grands-parents, les amis….. Ce n’est pas pensable.

Un choix nous est alors proposé, celui d’interrompre la grossesse dans les jours qui viennent ou bien celui d’accompagner Calixte jusqu’à sa naissance. On ne nous demande pas de prendre une décision dans l’urgence, du temps nous est donné. Calixte a 5 mois et demi dans le ventre de Maman, il bouge beaucoup, il est très dynamique et bien vivant.

Personnellement, j’ai souhaité arrêter cette histoire, je voulais en finir, c’en était trop pour moi. Mais Nathalie ne m’entend pas, la maman qui porte l’enfant est dans l’indécision, le doute, ne sait pas, ne veut pas tuer son bébé en elle. Elle l’aime déjà tant son petit Calixte, cet enfant pas comme les autres, un peu extraordinaire.

Nous partons quand même en vacances, comme prévu. Drôle de vacances au bord de la mer, avec un bébé dans le ventre dont on sait qu’il est condamné à mourir dans l’heure qui suivra sa naissance. Difficile le regard des autres, les explications, les justifications de nos décisions à venir. Je crois que la maman au fond d’elle savait déjà à ce moment là que nous accompagnerions Calixte jusqu’au bout, jusqu’à sa mort naturelle.

La vie nous choisit des chemins parfois difficiles, que l’on pense insurmontables, et qui nous isolent un peu parce qu’ils font peur. On cherche à éliminer rapidement tout ce qui dérange, ce que l’on ne connaît pas et que l’on n’assume pas finalement, comme la mort considérée souvent comme taboue.

Comment protéger nos enfants, survivre face à l’événement. Tout était mélangé dans nos têtes, comment faire…. Calixte allait-il souffrir, allait-il agoniser à sa naissance en cherchant à vivre plus longtemps, n’était-ce pas ridicule, s’agissait-il d’un acharnement de notre part. Telles ont été nos craintes et nos angoisses, encore plus peut-être pour la maman qui portait ce petit être, qui le sentait vivre et bouger en elle tous les jours.

C’est parce que nous avons été longuement rassurés par le corps médical unanime sur toutes nos inquiétudes, ces nombreuses questions, ces questions existentielles sur la vie, que nous avons finalement décidé d’accompagner notre fils vers sa mort naturelle.

En fait je serais un peu plus juste si je disais que c’est Nathalie qui m’a montré, qui nous a montré à tous un autre chemin possible que celui de l’interruption de la grossesse. Un chemin dans l’accompagnement, dans l’amour, dans la foi en la vie.
Elle s’est prise soudain d’un grand bonheur à être enceinte, jour après jour, elle était si bien avec son bébé. Elle lui a donné tout l’amour qu’une mère peut donner à son enfant, avec plus d’attention encore, due à ce contexte difficile et connaissant le dénouement de cette histoire.

Jour après jour, elle a continué à remplir son rôle de femme et de mère, en tenant le coup. Les quatre mois de grossesse restant se sont alors passés comme jamais je ne l’aurais pensé. Nous n’étions pas effondrés ou abattus comme on aurait pu l’imaginer mais simplement quelque fois en peine. Nos enfants ont continué à jouer, à rire, à vivre normalement, et nous avec eux. Nous leur avons expliqué que leur petit frère ne pourrait pas rester avec nous après sa naissance mais que pour l’instant il était bien là. Jamais nous n’avons insisté sur quoi que ce soit, nous en parlions sereinement tous ensemble dès qu’ils le souhaitaient, dès qu’ils en éprouvaient le besoin. Nous avons répondu à leur questions, le plus simplement possible.

Et ce mardi 30 octobre, après un accouchement quelque peu angoissant, Calixte nous a fait la joie de naître, comme il l’avait choisi. Ce moment fut unique pour nous, un cadeau. Beaucoup d’émotion, beaucoup d’amour, une équipe médicale hors du commun, un immense moment de bonheur et de joie, ce qui paraît incroyable dans de telles circonstances. Il était calme, ouvrait ses petits yeux, a fait la connaissance de sa maman, son papa, ses grands-parents maternels, avant de nous quitter pour toujours une trentaine de minutes plus tard. Il est parti apaisé, après avoir vécu ce qu’il avait à vivre sur cette terre, fier et tranquille, serein. Sans souffrance, contre sa maman, son petit cœur s’est arrêté de battre, tout doucement.

Calixte nous ne t’oublierons jamais, tu es dans notre cœur. Ta vie aura été courte et belle à la fois. Tu m’as fait comprendre que la durée de la vie importait peu, pourvue qu’elle soit baignée d’amour, de bonheur.

Tu es le petit frère de Marceau et Clément, le cousin de Maëlle, Matis, Chloé, Thomas, Romain et Louis. Tu as bien ta place parmi nous, tu es le troisième garçon de la famille. Tu figures sur notre livret de famille. Ta maman se sera battue de toutes ses forces et avec tout son amour pour que tu existes et je la remercie de m’avoir montré qu’un autre chemin était possible, celui de l’amour, celui de la famille, celui où l’on prend le temps d’aimer.

Alexandre