Merci beaucoup à chacune de votre réponse.
Ce n'est pas facile d'exprimer tous les sentiments qui m'habitent et qui peuvent être très contradictoires!
Parce que les deux annonces de mort ont été à la fois très similaires (pas d'activité cardiaque lors d'une bête visite de contrôle) et très différentes par l'écart de 10 ou 14 jours entre les 2 grossesses.
Pour Raphaël, j'avais un doute car je ne sentais pas mon bébé grossir... donc d'une certaine façon je n'ai pas été très surprise même si le ciel nous est quand même tombé sur la tête. Beaucoup de culpabilité (nous venions de déménager alors mille questions se posent: trop de voiture ? trop de stress ? je faisais attention (je n'ai rien porté du déménagement) mais...).
Avec, en plus, une prise en charge assez nulle à l'hôpital. J'étais juste à la limite entre une aspiration et un accouchement, et les médecins ont fait le choix de l'aspiration, contre notre désir (mais ils ont su nous convaincre). A ce terme, le bébé n'est pas considéré comme un bébé, et donc le personnel soignant n'avait aucune considération de ma peine (chaque personne me demandait pourquoi j'étais là, et beaucoup m'ont demandé pourquoi je pleurais...

)
Je suis rentrée chez moi seule, le ventre vide, bourrée de culpabilité. Petite consolation, Raphaël n'a pas été aspiré puisque le cytotec est très efficace sur moi, je l'ai explusé très rapidement dans mon lit (mais ne l'ai su qu'après quand j'ai vu mon dossier médical). Personne ne me l'a dit clairement (je m'en doutais néanmoins)... et j'ai bien regretté de ne pas l'avoir vu, et de l'avoir laissé être mis "à la poubelle".
Mais nous avons eu la chance d'attendre très vite un nouveau bébé fin août. Quelle joie ! Et l'on se dit que la foudre ne tombe jamais 2 fois au même endroit... J'étais donc presque sereine !
Presque parce que je pensais beaucoup Raphaël et qu'il me manquait, et que j'avais peur de ne pas bien accueillir ce nouveau bébé.
Et voilà qu'à 15 SA et demi, lors d'une visite normale, la gynéco ne trouve pas d'activité cardiaque. Alors que nous pensions avoir passé le cap fatidique des 14 SA, que cette visite devait nous rassurer et nous permettre de l'annoncer à nos proches. Deuxième coup sur la tête.
Mais là, c'est très différent car c'est ma deuxième perte à un terme un peu avancé (par rapport à une FC précoce) sans qu'il n'y ait eu de signes annonciateurs, et surtout parce que après 15 sA, c'est un accouchement par voie basse qui est prévu, et on parle du bébé. Le personnel était aux petits soins pour moi (je n'ai JAMAIS eu à dire pourquoi j'étais hospitalisée), on nous a permis de voire le bébé, d'inscrire l'enfant sur notre livret de famille, et le plus important pour moi, notre enfant n'allait pas être jeté à la poubelle. Avoir pu le voir a été très important pour nous : il était si beau, tout petit certes, mais si beau !
Et du coup, notre ressenti à mon mari et à moi est bizarre, vis à vis d'Emmanuel-Marie. Nous avons vécu cet accouchement très paisiblement et sereinement et sommes heureux d'avoir pu donner à Emmanuel-Marie le respect dû à sa personne. Mais d'une certaine façon cela renforce notre culpabilité et notre attachement à Raphaël. Comme si ce premier petit "ange" nous était plus proche.
du coup, on se sent coupable vis à vis d'Emmanuel-Marie (cercle vicieux !!

)
Et autre ressenti bizarre, la mort d'Emmanuel-Marie m'a presque soulagée car elle me déculpabilisait de la mort de Raphaël, puisque qu'il semble très probable que les 2 morts aient la même cause (en tout cas, la coïncidence est troublante), même si les médecins nous ont bien dit qu'il y avait des chances qu'ils ne trouvent rien (j'espère pourtant que si !).
Et comme le disait l'une d'entre vous, tout cela ouvre, au delà de notre peine et du deuil réel à vivre de ces 2 enfants, tant de questions sur l'avenir : pourrons-nous accueillir de nouveaux enfants vivants ? Qu'il est dur d'attendre les résultats d'analyses !

Merci mille fois de votre accueil, cela fait du bien de pouvoir parler de sa peine, sans gêner les gens, et sans subir de remarques désagréables.
Mathilde