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« le: 28 Octobre 2009 à 12:13:41 » |
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Victor HUGO (1802-1885)
A la mère de l'enfant mort
Oh! vous aurez trop dit au pauvre petit ange Qu'il est d'autres anges là-haut, Que rien ne souffre au ciel, que jamais rien n'y change, Qu'il est doux d'y rentrer bientôt;
Que le ciel est un dôme aux merveilleux pilastres, Une tente aux riches couleurs, Un jardin bleu rempli de lis qui sont des astres, Et d'étoiles qui sont des fleurs;
Que c'est un lieu joyeux plus qu'on ne saurait dire, Où toujours, se laissant charmer, On a les chérubins pour jouer et pour rire, Et le bon Dieu pour nous aimer;
Qu'il est doux d'être un coeur qui brûle comme un cierge, Et de vivre, en toute saison, Près de l'enfant Jésus et de la sainte Vierge Dans une si belle maison!
Et puis vous n'aurez pas assez dit, pauvre mère, A ce fils si frêle et si doux, Que vous étiez à lui dans cette vie amère, Mais aussi qu'il était à vous;
Que, tant qu'on est petit, la mère sur nous veille, Mais que plus tard on la défend; Et qu'elle aura besoin, quand elle sera vieille, D'un homme qui soit son enfant;
Vous n'aurez point assez dit à cette jeune âme Que Dieu veut qu'on reste ici-bas, La femme guidant l'homme et l'homme aidant la femme, Pour les douleurs et les combats ;
Si bien qu'un jour, ô deuil ! irréparable perte ! Le doux être s'en est allé !... - Hélas ! vous avez donc laissé la cage ouverte, Que votre oiseau s'est envolé !
A ma fille Adèle
Tout enfant, tu dormais près de moi, rose et fraîche, Comme un petit Jésus assoupi dans sa crèche ; Ton pur sommeil était si calme et si charmant Que tu n'entendais pas l'oiseau chanter dans l'ombre ; Moi, pensif, j'aspirais toute la douceur sombre Du mystérieux firmament.
Et j'écoutais voler sur ta tête les anges ; Et je te regardais dormir ; et sur tes langes J'effeuillais des jasmins et des oeillets sans bruit ; Et je priais, veillant sur tes paupières closes ; Et mes yeux se mouillaient de pleurs, songeant aux choses Qui nous attendent dans la nuit.
Un jour mon tour viendra de dormir ; et ma couche, Faite d'ombre, sera si morne et si farouche Que je n'entendrai pas non plus chanter l'oiseau ; Et la nuit sera noire ; alors, ô ma colombe, Larmes, prière et fleurs, tu rendras à ma tombe Ce que j'ai fait pour ton berceau.
Demain, dès l'aube...
Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne, Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends. J'irai par la forêt, j'irai par la montagne. Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées, Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit, Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées, Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.
Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe, Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur, Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.
Ecrit sur le tombeau
d'un petit enfant au bord de la mer
Vieux lierre, frais gazon, herbe, roseaux, corolles ; Eglise où l'esprit voit le Dieu qu'il rêve ailleurs ; Mouches qui murmurez d'ineffables paroles À l'oreille du pâtre assoupi dans les fleurs ;
Vents, flots, hymne orageux, choeur sans fin, voix sans nombre ; Bois qui faites songer le passant sérieux ; Fruits qui tombez de l'arbre impénétrable et sombre, Etoiles qui tombez du ciel mystérieux ;
Oiseaux aux cris joyeux, vague aux plaintes profondes ; Froid lézard des vieux murs dans les pierres tapi ; Plaines qui répandez vos souffles sur les ondes ; Mer où la perle éclôt, terre où germe l'épi ;
Nature d'où tout sort, nature où tout retombe, Feuilles, nids, doux rameaux que l'air n'ose effleurer, Ne faites pas de bruit autour de cette tombe ; Laissez l'enfant dormir et la mère pleurer !
La tombe dit à la rose
La tombe dit à la rose : - Des pleurs dont l'aube t'arrose Que fais-tu, fleur des amours ? La rose dit à la tombe : - Que fais-tu de ce qui tombe Dans ton gouffre ouvert toujours ?
La rose dit : - Tombeau sombre, De ces pleurs je fais dans l'ombre Un parfum d'ambre et de miel. La tombe dit : - Fleur plaintive, De chaque âme qui m'arrive Je fais un ange du ciel !
Puisqu'ici-bas toute âme
Puisqu'ici-bas toute âme Donne à quelqu'un Sa musique, sa flamme, Ou son parfum ;
Puisqu'ici toute chose Donne toujours Son épine ou sa rose A ses amours ;
Puisqu'avril donne aux chênes Un bruit charmant ; Que la nuit donne aux peines L'oubli dormant ;
Puisque l'air à la branche Donne l'oiseau ; Que l'aube à la pervenche Donne un peu d'eau ;
Puisque, lorsqu'elle arrive S'y reposer, L'onde amère à la rive Donne un baiser ;
Je te donne, à cette heure, Penché sur toi, La chose la meilleure Que j'aie en moi !
Reçois donc ma pensée, Triste d'ailleurs, Qui, comme une rosée, T'arrive en pleurs !
Reçois mes voeux sans nombre, Ô mes amours ! Reçois la flamme ou l'ombre De tous mes jours !
Mes transports pleins d'ivresses, Purs de soupçons, Et toutes les caresses De mes chansons !
Mon esprit qui sans voile Vogue au hasard, Et qui n'a pour étoile Que ton regard !
Ma muse, que les heures Bercent rêvant, Qui, pleurant quand tu pleures, Pleure souvent !
Reçois, mon bien céleste, Ô ma beauté, Mon coeur, dont rien ne reste, L'amour ôté !
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