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Auteur Fil de discussion: Comment parler du grand frère au suivant...  (Lu 617 fois)
noisette
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« le: 18 Juin 2009 à 22:07:51 »

Je lance aujourd'hui un sujet qui me tracasse un peu depuis quelques temps...

Je ne sais comment parler à Lucie de son grand frère. Vous me direz sans doute que j'ai encore bien le temps mais je ne veux surtout pas lui parler de Thibault, comme une révélation quand elle aura trois ou 4 ans. J'aimerai pouvoir lui en parler comme quelqu'un de la famille qui n'est pas là mais qu'on aime...mais j'ai bien souvent l'impression de ne pas trouver les mots justes pour lui expliquer une réalité qu'elle ne connait pas...

Elle ne sais pas ce qu'est un grand frère ou même un petit frère, elle ne sais encore moins ce qu'est la mort...

Elle vient parfois avec nous au cimetière dans sa poussette mais là encore je ne sais comment lui expliquer que son grand frère est là sous la terre, ou dans le ciel, ou dans les étoiles...Je n'ai pas envie non plus qu'en grandissant elle s'imagine des choses qui correspondrai au mots que j'ai employé...(Du style à chercher dans la terre pour y trouver son grand frère...non j'exagère sans doute beaucoup. et je me fais des films...)

Je trouve parfois que nos mots d'adulte, si ils sont poétique doivent bien déformer la réalité pour un enfant.

D'autre part je pense qu'elle n'a pas à porter le deuil de son grand frère, elle n l'a pas connu, alors comment lui en parler sans faire poser un fardeau sur ces épaules, à cause de la façon avec laquelle j'exprime mes sentiments

Bref , j'ai beau y réfléchir maintenant depuis sa naissance, j'ai essayer de dire parfois quelques mots mais j'ai l'impression de ne pas trouver les mots et le ton juste pour en parler...Peut être , je me pose tout simplement trop de questions (ça c'est l'avis de JB...il pense que ça viendra comme ça tout seul).

Bref si vous avez des idées, ou si vous pouvez partager vos expériences à ce sujet , je suis preneuse

Je vous embrasse

Claire-noisette
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Claire, maman de Thibault (né le 6 octobre 2007 et décédé 1 heure après), et d'une petite Lucie, née le 28 septembre 2008
Bénédicte
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« Répondre #1 le: 19 Juin 2009 à 21:46:58 »

Chère Claire,

Je n'ai pas la prétention d'apporter de solutions, juste l'envie de te partager l'expérience que je vis avec Inès.

Dès sa naissance je lui ai dit qu'elle avait une grande soeur qui était née avant elle et qui était morte et que nous l'aimions très fort. Je ne voulais pas lui cacher, cela me semblait si naturel de parler de Bertille  qui faisait aussi partie de notre famille. D'ailleurs si je ne l'avais pas fait, ses autres soeurs lui auraient dit  Wink. Je n'ai jamais employé de mots compliqués. Je lui ai parfois montré quelques photos de Bertille tout simplement parce que je les regardais au moment où elle était près de moi.

Je ne veux pas non plus faire peser un fardeau sur ses épaules, je pense plutôt que j'évoque facilement Bertille et que donc elle l'entend. Ce que j'ai remarqué c'est que depuis le décès de son grand-père qu'elle a connu, Inès me parle spontanément de Bertille et semble avoir compris qu'elle était morte comme son papi. Bien sûr elle n'a pas encore perçu le caractère irréversible de leur mort, elle me demande parfois quand Bertille va venir jouer avec elle, mais je crois qu'approcher la mort de son grand-père l'a peut-être aidée à mieux appréhender à son niveau ce que pouvait être la mort.

Ce qui compte pour moi, c'est de parler de Bertille à Inès sans me montrer  triste et de manière naturelle .Si l'enfant sent  ses parents sereins lorsqu'ils évoquent l'enfant disparu, qu'ils ne pleurent pas à chaque fois qu'ils en parlent je ne crois  pas que cela puisse le perturber outre mesure. C'est mon avis, je peux me tromper mais jusqu'à présent Inès n'est pas malheureuse lorsqu'elle me parle de Bertille et ne semble pas perturbée.
Voilà l'expérience que je voulais te partager. D'autres mamans viendront sans doute t'éclairer.

Bises à toute ta famille,
Bénédicte
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Maman de Mathilde, Alice, Eloïse, Bertille née le 12 avril  et décédée le 10 juillet 2004 (trisomie 18) et de Inès.
nathalie
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« Répondre #2 le: 20 Juin 2009 à 14:18:11 »

chère claire,
je n'ai pas encore l'expérience de la transmission de l'histoire à "l'enfant qui suit" dans la fraterie. Je pense que c'est essentiel de parler régulièrement de son grand frère à ta lucie, ne serait ce que parce que toute sa grossesse a aussi été imprégnée de votre histoire et aussi pour lui offrir dans la fratrie la place qui est la sienne, c'est à dire une place de deuxième enfant. J'ai l'intime conviction, aidée par quelques lectures, que ce sont les secrets et les non dits qui font peser du poids sur les enfants, qu'il y a des façons sans doute très simples de parler de la mort. Nous parlons bien de nos grands parents ou arrière grands parents et nos anegdotes d'enfance font rire nos enfants, et pourtant ils sont bel et bien morts. Mais quel joie de les avoir connus. en plus, c'est rassurant pour un enfant de savoir que son père et sa mère sont prêts à l'aimer tel qu'il est et à accepter le chemin qu'il s'est choisi, cela l'inscrit dans une profonde humanité et il me semble que c'est ce que vous avez offert à votre premier né.
votre petite fille posera d'elle même les questions, quand le moment s'en fera sentir. Peut être qu'une fête rituelle de l'anniversaire de la mort du plus grand, comme nous le faisons chez nous, aide à inscrire chacun dans cette histoire si particulière. Par contre, le poids du secret pousse plus facilement l'enfant qui suit à se sentir obligé de vivre pour deux, lui et celui qu'il faut bien faire vivre, puisqu'il n'a pas sa place.
judith a quatre ans et joue avec ses bébés morts et ses bébés vivants. Naturellement. mais elle a connu sa petite soeur. Par contre, je ne l'ai jamais entendu dire ou espérer le retour de sa soeur, elle semble avoir étonnament intégré le fait qu'on est mort ou vivant.
Les visites de la tombe de son grand frère font partie de l'histoire de ta fille, sans doute que pour elle, ça doit paraître bien naturelle, contrairement à notre société qui cache ses morts.
N'ai pas trop peur de l'eventuel poids que ta fille porterait ... On m'avait aussi prédit la perte de l'insouciance chez mes enfants, ce n'est pas le cas.
Tendresse
nath
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