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Jessica
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« Répondre #1 le: 09 Décembre 2008 à 09:41:21 » |
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Bonjour, j'ai décidé de partager la lettre que j'ai écrite à ma famille et quelques amis proches. Même si c'est une démarche très personnelle, que chacun a son histoire, je me dis qu'elle pourra peut-être servir à d'autres mamans qui ont du mal à parler à leurs proches de ce qui leur arrive, de ce qu'ils attendent de l'entourage... Merci mille fois Françoise, car c'est grâce à ta lettre que j'ai trouvé les mots pour dire ce que je ressentais.
"A Rennes, le 22 novembre 2008 Bonjour,
Si j’ai souhaité vous écrire cette lettre aujourd’hui, c’est parce que vous comptez énormément pour nous, et que je veux vous expliquer le parcours qui nous a amené à décider de poursuivre la grossesse jusqu’à terme et d’accueillir notre bébé. Je ne veux pas créer de tabous, et ne souhaite pas non plus que, chaque fois que vous nous voyez, vous vous sentiez mal à l’aise…
Comme vous le savez maintenant, nous attendons pour fin février une petite fille. Malheureusement elle ne pourra pas survivre, car elle est atteinte de graves malformations incompatibles avec la vie hors de mon ventre. Son espérance de vie est limitée à quelques minutes, au mieux quelques heures de vie à la naissance.
Ces dernières semaines, nous avons vécu une période très douloureuse, parsemée de doutes et de remises en questions. Au fur et à mesure des résultats, nous sommes tombés toujours plus bas ; car il est difficile de comprendre pourquoi, alors que l’on veut donner la vie, on se retrouve à devoir vivre en même temps le deuil d’un être innocent, à devoir choisir comment notre bébé doit mourir…
Ne croyez pas que cette décision est inconsidérée ; elle est au contraire mûrement réfléchie. Je suis consciente que l’interruption de grossesse peut paraître pour beaucoup la « meilleure possibilité », ou du moins la moins difficile : puisque de toute façon le bébé va décéder, inutile d’hésiter, de reculer l’échéance, c’est « se faire du mal pour rien »… Je souhaiterais vous répondre que Non. Non, la douleur ne disparaîtra pas plus vite pour nous ; Non, nous ne pourrons pas revenir ainsi plus rapidement à une vie « normale » : elle ne sera jamais plus comme avant car nous allons, dans tous les cas, perdre notre enfant… Nous avons beaucoup changé, intérieurement bien sûr, car une histoire comme cela ne se vit pas sans laisser de traces. Je vous cite une phrase de l’association SPAMA, car je me reconnais entièrement dans ce qui est écrit : « Penser à accompagner son enfant jusqu’à sa mort naturelle n’est pas une folie, ni un acte de courage. C’est un chemin différent, constructeur, pour un amour qui veut s’exprimer dans le temps et dans l’espace familial. L’essentiel est, pour chaque couple, de décider selon ses références personnelles, et non de se voir « imposer » une interruption de grossesse.»
Voilà ce que nous souhaitons : pouvoir profiter des moments de joie avec notre petite tant que nous le pouvons encore – car je vous assure, il y en aura – et avoir une chance de la rencontrer vivante à la naissance, ne serait-ce que pour quelques minutes. Les médecins nous ont assuré que, grâce aux soins palliatifs, notre petite fille ne souffrira pas ; elle s’éteindra paisiblement, et nous serons là pour l’accompagner. Ainsi il nous semble que nous pourrons la laisser partir plus sereinement, que je pourrai faire un peu plus la « paix » avec moi-même. Au moins nous aurons le souvenir de n’avoir pas seulement partagé des moments de peine, mais aussi des moments de joie, des moments d’amour…
Je ne recherche pas par cette lettre votre adhésion ; chaque histoire est personnelle, et chacun a ses ressentis et ses opinions… Mais nous avons besoin de votre soutien. Je sais que vous pourrez vous sentir mal à l’aise ; mais n’ayez pas peur de nous parler de notre bébé, de nous demander des nouvelles lorsque vous le souhaitez. Car il n’y aurait rien de pire pour moi que la négation, l’indifférence. Notre petite Gabi - puisque c’est le prénom que nous lui avons trouvé- fait partie de nous, de notre famille. Ne cherchez pas les mots justes, il n’y en a pas forcément ; prendre le temps de nous écouter, c’est déjà beaucoup. Et si nous ne sommes pas capables d’en parler au moment où vous nous le demandez, nous vous le dirons, simplement.
Actuellement nous rentrons dans une période plus douce, car nous assumons notre décision, et souhaitons à présent ressentir tous les côtés joyeux de la grossesse, partager ces instants avec notre petite puce, et avec vous si vous le souhaitez. Après, il y aura à nouveau une période de profonde douleur. Mais ensuite nous espérons trouver un apaisement et pouvoir évoquer avec vous son souvenir. Cette reconnaissance sera précieuse pour nous face à l’absence.
En vous embrassant bien fort, A bientôt, Jessica & Guillaume"
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