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HélèneTh
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« le: 12 Mars 2009 à 11:59:00 » |
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Bonjour,
à la lecture du dernier livre de Patrice Van Eersel, "Mettre au monde", je suis tombée sur un passage très poignant que je me permets de partager ici, le trouvant très porteur dans notre deuil.
Réponse du Pr J. Pierre Relier, pédiatre qui s'est spécialisé dans la prise en charge des grands prématurés, à une maman ayant perdu ses deux jumelles à la naissance:
- "Je suis venue m'asseoir à votre table (...) parce que j'ai perdu mes deux petites filles à la naissance, il y a huit ans, et que, depuis ma vie est en lambeaux... (...) Je ne sais si je m'en remettrai un jour, monsieur. Perdre un enfant à la naissance est la tragédie la plus absurde qui puisse exister. (...) Je suis venue ici pour savoir quoi faire avec le terrible sentiment d'inutilité qui, depuis ce drame, me ruine".
- "Voyez-vous madame, (...), vu du dehors, vu par vous, et par nous tous ici vos petites filles ont passé dans votre ventre neuf mois - ou huit mois, ou sept, peu importe, disons trois dizaines de semaines. Mais cela reflète une vision extrêmement relative, incomplète de la réalité, et je dirais même fausse, totalement fausse. Vu du dehors, c'est-à-dire de notre point de vue, de notre échelle temporelle, votre grossesse a duré huit ou neuf mois. Mais pour vos jumelles, il en a été autrement. Vu du dedans, c'est-à-dire de leur point de vue à elles, madame, vos filles ont passé en vous... je dirais entre un et deux milliards d'années!(...)
C'est le temps qu'il a fallu à la vie pour évoluer des premières cellules vivantes jusqu'à l'humain. Vous le savez sans doute: chacun de nous, après sa conception, a parcouru en accéléré dans le ventre de sa mère toutes les étapes de l'évolution. Nous sommes partis du minéral, pourrait-on dire, pour aboutir à ce que nous sommes aujourd'hui. Extraordinaire, incroyable, fabuleux voyage! Nous croyons savoir comment cela se passe, mais en réalité, nous fanfaronnons! Nous n'en savons vraiment pas grand-chose, et même quasiment rien. Nous croyons savoir ce qu'est le temps, et nous disons, très sûrs de nous: "Une grossesse dure neuf mois." Mais ce qui se passe réellement à l'intérieur d'un ventre de femme, l'invraisemblable magie qui s'y déroule pendant la durée d'une grossesse, cette alchimie qui d'un ovule et d'un spermatozoïde va conduire à un être ultra sophistiqué, au fond, tout cela aucune science ne sait le comprendre ni l'expliquer. Le saurons-nous jamais? J'affirme que ce n'est pas une simple liberté poétique que je prends quand je dis que vos filles ont fait en vous, qui étiez accompagnée de leur père, ce fabuleux voyage de plusieurs centaines de millions d'années. Pour elles, cela s'est réellement passé ainsi! (...)"
"Maintenant je vais vous dire, madame, ce que, personnellement, je crois. D'abord, je pense qu'au coeur de chacun de nous palpite une âme et que cette âme voyage. J'ignore tout des lois qui régissent ce voyage. Ce que nous savons, c'est que parfois, une âme vient prendre forme dans le ventre d'une femme. Un jour, deux âmes, dont nous ne savons à peu près rien, ont ainsi élu domicile en vous. Pour quelque mystérieuse raison, peut être liée à une évolution qui échappe à notre espace-temps, ces âmes jumelles avaient envie, ou besoin, de vivre quelques centaines de millions d'années en vous. Là, bien installées dans votre giron, elles ont traversé tous les états qui vont de l'être unicellulaire à l'être humain. Ce fut forcément une expérience extraordinaire. Forcément une expérience incroyable qui les a nourries, qui les a aidées à avancer plus loin sur leur chemin. Seulement voilà: pour des raisons que j'ignore toujours, et vous aussi semble-t-il, la suite de l'histoire, l'étape suivante, celle que nous appelons fièrement "vie humaine", n'était pas inscrite à leur programme, ou peut-être ne les intéressait pas. Après avoir vécu un milliard d'années en vous, ces âmes sœurs ont tiré leur révérence. Elles s'en sont allées voir ailleurs, en quête d'allez savoir quelle étoile. Elles sont parties et vous et votre mari n'avez pas entendu qu'elles vous remerciaient du fond du coeur, qu'elles vous bénissaient secrètement. N'entendant rien, vous avez eu au contraire la sensation que tout cette aventure avait été absurde, inutile, qu'elle n'avait servi à rien. Et vous êtes tombés dans un grand désarroi, dont vous avez l'impression que vous ne sortirez jamais. Ce qui est tout à fait normal. Et pourtant, ma vieille expérience - voilà trente-cinq ans que sont passés entre mes mains des milliers de bébés, souvent minuscules, pesant moins d'un kilo, à la croisée des chemins entre la vie et la mort-, ma vieille expérience m'autorise à vous le dire avec une grande confiance: non, cette aventure n'était pas absurde, madame. Ce fut une grande histoire d'amour, qui a eu un sens très important, pour vous et pour vos deux enfants. Ce sens vous échappe. Il m'échappe aussi. Mais il existe. Nous devons faire confiance à la vie, même si elle nous dépasse infiniment."
Quel écho trouvez-vous à ce point de vue? Pour ma part il me conforte dans mes ressentis, une certaine "force de vie" indescriptible émane de nos bébés (tous: autant ceux qui sont partis que ceux qui ont continué avec nous), et qui nous dépasse souvent. Et le passage si particulier de nos bébés, ceux qui ont "tiré leur révérence", nous ramène en tout cas à une plus grande humilité.
Hélène
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