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Auteur Fil de discussion: Un Noël bien particulier...  (Lu 952 fois)
Vigeou
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« le: 13 Novembre 2008 à 22:31:38 »

Bonjour à toutes,

Oui, Noël approche. L’année dernière c’était le premier Noël qui a suivi le décès d’Ulysse. C’était un Noël bien particulier. L’année dernière aussi, je rédigeais « Odysseos », mon témoignage, avec la ferme intention de le faire publier. J’y raconte ce fameux Noël, si particulier. Comme je n’ai toujours pas terminé la rédaction d’ « Odysseos », je ne suis pas prête de le voir sorti en librairie ! Néanmoins, j’ai envie de partager avec vous ce que fut la traversée de ce premier Noël.
Pour que vous puissiez comprendre le texte, il faut que je précise que l’IMG nous a été refusée. C’est pourquoi Ulysse est né vivant. Néanmoins, conscients de nos limites et désireux de ne pas détruire l’équilibre de notre famille, nous avions décidé, si Ulysse était très malade ou handicapé, de le confier pour qu’il soit adopté par une famille désireuse d’élever un enfant porteur de maladie ou de handicap. Je tiens à préciser qu’il ne s’agit pas pour ces familles de faire la charité mais bien du désir de devenir les parents d’un enfant différent.
Voici donc, ce que j’écrivais sur le Noël qui a suivi le décès d’Ulysse.

Jeudi 13 décembre 2007
En ce moment, je prépare Noël et c’est très éprouvant. Elle a raison la psy de la maternité : Noël c’est la fête de la Nativité, le petit Jésus qui est né. C’est aussi la fête des enfants, on leur offre plein de cadeaux. Je cherche un autre sens à Noël, une lecture laïque, plus archaïque aussi. Je me dis que c’est le solstice d’hiver, la nature à nos côtés, puis je me sens trompée. Les jours aussi s’allongent, comme un enfant qui grandit… Plus j’y réfléchis et plus j’en arrive toujours à la même conclusion : nous, tout ce qu’on a à fêter c’est la naissance et le décès d’Ulysse. La naissance d’Orfée, on l’a déjà fêtée, à sa naissance-même et lors de son premier Noël, c’est-à-dire l’année dernière. Noël 2007 sera toujours, et quoi qu’on fasse, le premier Noël après la traversée d’Ulysse. Un Noël bien particulier.
Pourquoi est-ce qu’on devrait être forcément heureux pour Noël ? Nous on est tristes. J’y pensais l’autre jour, en faisant quelques courses. Je me disais que Noël était un amplificateur d’émotions. Quand on est heureux, on fait la fête à Noël et on est encore plus heureux. Quand on est malheureux, personne ne comprend qu’on soit triste et on est encore plus malheureux. Noël c’est la dictature du bonheur, le règne des sourires forcés.
Alors comment faire la fête en famille ? Hier soir, j’ai eu ma belle sœur au téléphone. Elle vient encore de faire une fausse couche, là, en décembre. Comment faire la fête en famille ? Je me dis qu’eux aussi viennent de perdre un enfant. Comment faire la fête en famille ? Elle m’a demandé ce que je souhaitais recevoir comme cadeau. Je lui ai répondu « rien ». Comment faire la fête en famille ? Je n’ai envie de rien, ou plutôt si, j’ai envie qu’on me laisse tranquille, j’ai envie qu’on me laisse couler, qu’on me laisse couler de l’encre, et des larmes aussi.

vendredi 14 décembre 2007
Je suis sûre que vous vous demandez comment je vais m’organiser pour ces « fêtes » de fin d’année. Je me dis que, de toutes façons, maintenant qu’on a abandonné notre enfant, on n’est plus à une extravagance près. Aussi, je vais placer là un moment exquis que je n’ai pas eu encore le temps de raconter. La scène s’est déroulée mardi chez ma voisine Pascale. On continue à se voir et à faire du vélo d’appartement ensemble. Je ne sais pas si on se muscle les abdos, mais, en tout cas, on se muscle bien les zygomatiques.
Moi : oh, je te jure, j’ai vraiment pas envie d’aller faire les boutiques pour acheter les cadeaux de Noël, et internet c’est encore pire.
Elle : je te comprends. Acheter, en hiver, c’est pas drôle, mais vendre c’est encore pire. Dimanche j’ai voulu faire une brocante. J’avais des tonnes de vases et de bougeoirs et personne n’en a voulu. Si tu les veux, te le les donne pour tes cadeaux de Noël !
Moi : Ha Ha Ha ! Des vieux bougeoirs à offrir à Noël. Fais voir !
Pascale m’ouvre son placard.
Moi : Tiens, mais c’est pas mal ça ! Sans déc ! Ma copine Elise vient de refaire la tapisserie de sa chambre et c’est exactement la même couleur. Je te jure ! Si je cherche dans les magasins, je trouverai jamais aussi bien ! Ha Ha Ha ! Ben c’est la première fois que je fais ça ! J’espère qu’elle ne va pas me demander où je l’ai acheté ! ! !
Du coup, elle m’a sorti plein de trucs et j’ai fait mon marché. J’ai trouvé des supers cadeaux pour Noël ! ! !

samedi 15 décembre 2007
Demain Orfée aura 20 mois.
J’ai encore changé le titre. Maintenant, cet ouvrage, j’ai envie de l’appeler « Odysseos, rencontre éphémère ».
Cela fait un moment maintenant que je me dis que j’ai changé, ma rencontre avec Ulysse m’aura transformée. Je ne suis plus la même qu’avant mais le monde autour de moi n’a pas bougé. Ca fait des semaines maintenant que j’ai cette obsession : quid de mes relations ? Je me rends bien compte que l’écart se creuse avec certains membres de ma famille, et certains amis aussi. Que vont devenir ces relations ? Hier c’était notre décision d’adopter qui n’était pas comprise, aujourd’hui c’est celle d’abandonner. Quid de ces relations ? Les entretenir ? Les forcer ? Les abandonner ?
Tout à l’heure avec Patrick, on se remémorait notre décision d’adopter en Ethiopie. C’était surtout les conditions, pas du tout restrictives, qui nous intéressaient. On s’était demandé si adopter un enfant à la peau noire serait un problème. Je m’étais d’abord dit que oui. Ensuite, je m’étais dit que non, qu’il faudrait simplement l’éveiller au droit à la différence, au respect de soi et à l’exigence de celui-ci.
Je me souviens, je m’étais dit aussi qu’avec un enfant noir il y a des gens qu’on ne pourrait plus rencontrer. D’abord, ça m’avait fait mal, ensuite, ça m’avait réjouit, je m’étais dit qu’on ne pourrait plus jamais fréquenter d’abrutis. C’est bien d’avoir des enfants noirs, c’est un rempart naturel à la connerie !
Aujourd’hui, je me dis que c’est un peu pareil. On ne peut plus fréquenter d’abrutis, on ne peut plus fréquenter que des gens fins, doux et tolérants. On réduit la quantité mais on augmente la qualité !

dimanche 16 décembre 2007
Il est 4h du matin, une nouvelle insomnie. Une nouvelle insomnie alors j’écris. On emprunte tous des chemins différents pour faire son deuil, chacun a le sien. Moi je vais parler. Je ne vais pas parler parce que je suis plus courageuse que les autres, je vais parler parce que je n’ai pas le choix, tout simplement, pas le choix, comme les autres d’ailleurs.

mardi 18 décembre 2007
Je passe beaucoup de temps en ce moment sur internet parce que je cherche. Je cherche à comprendre et je cherche à qui parler. Je sais ce qui tombe en ce moment, ce qui monte aussi : c’est Noël, le silence de la nuit de Noël, l’ombre sur les esseulés, les paroles étouffées par la neige. Je souffre moins maintenant que je sais. Noël arrive à pas feutrés, il vient de frapper au carreau. J’ai longtemps cru que je briserai le tabou, net, d’un coup, la fissure qui fait mal, la blessure qui se rouvre. J’ai besoin de parler mais je n’ai rien à casser. Je suis Noël, la douceur incarnée, la femme qui aime son enfant, celle qui va chanter. Oui Ulysse, je t’ai abanDONNE mais je t’ai surtout aimé. Je ne vais pas briser le tabou, je vais simplement l’adoucir.

Mercredi 19 décembre 2007
Vous savez ce qu’elle fait Orfée maintenant ? Elle prend ses tomates en plastique, elle les met sous son pull, elle bombe la poitrine et elle dit « maman ! Maman ! » Observatrice cette petite !

samedi 22 décembre 2007
Quand j’ai voulu reprendre le travail, j’ai accepté de rencontrer la psy du rectorat. Ben elle, elle était gentille, elle a pas dit que j’étais Dépressive, elle a dit qu’en ce moment j’avais pas trop le moral mais que c’était normal parce que mon bébé venait de décéder.
Entre mon père et ma sœur qui veulent que je rigole pour Noël et tous ces abrutis de médecins qui disent qu’on est dépressives ! Franchement ! Et ben pour Noël, nous on a choisi : je vais monter sur Paris, chez Elise, avec Orfée pendant 3 jours. On va se faire un Noël de Dépressives et on va bien s’ marrer ! On va se moquer de nous même et de tous ceux qui nous font chier. On va se saouler de pensées, se griser d’imbécillités, s’ahurir par le rire. Enfin, se défouler !
Patrick le fait parfois avec moi. Quand je rigole, il dit « t’as vu la dépressive ! » et moi ça me fait encore plus rire, mais des fois je pleure aussi.
En fait, je vais monter sans Patrick. Quand je lui ai demandé ce qui lui ferait plaisir pour Noël, il m’a répondu « rien ». Il n’a envie de rien et je le comprends. Alors, je vais lui offrir « rien », du vide, un peu de vide, enfin du vide. Je vais lui offrir le vide, le manque et l’absence. C’est pour ça que je pars toute seule. Je sais que ça lui fera du bien de rester un peu seul. Voilà son Noël : la solitude dont il a besoin.
Sinon, comme il adore l’art, je me suis offert un gros livre pour Noël, un gros livre d’art, un gros livre pour moi TOUTE SEULE, mais bon, j’accepterai de le partager avec lui, un peu, s’il le veut…
Attention : Chuuuut ! Il est juste derrière moi, et, parfois, il vient lire ce que j’écris…

Je viens de relire tout ça. Ah ! Ca fait du bien de se lâcher. Heureusement que j’ai l’écriture, la compagne de mes jours obscurs.
Je crois que je vais encore changer le titre de mon témoignage. Maintenant je vais l’appeler « Odysseos mon Amour ». Oui c’est pas mal ça « Odysseos mon Amour », ça sonne comme le titre en dernier, ça sonne comme la fin de l’ouvrage. Oui, c’est ça, je l’avais remarqué déjà sur le forum. Au début c’est la culpabilité qui règne, il y a l’abattement aussi, le sentiment de ne rien y comprendre, la colère fait des apparitions, la tristesse envahie, puis, doucement, c’est l’apaisement qui s’installe, et, enfin, l’Amour qui jaillit. Oui, c’est ça, sur le forum, les nouvelles sont dans la détresse, les anciennes parlent d’Amour et de nostalgie. Néanmoins, il ne faut pas s’y tromper, le manque est là, l’absence est notre présence, on a toutes perdu un enfant.

Voilà, je viens d’emballer mon cadeau. C’est une surprise, il ne faut pas que Patrick le voit. Je vais le laisser là, et, quand je ne serai pas là, Patrick découvrira, ce que j’ai acheté pour moi…

Merde ! J’aurais pas du faire lire ce passage-là à Patrick, maintenant il sait ce qu’il y a dans le cadeau ! Je suis vraiment dépressive moi…

mercredi 26 décembre 2007
Nous sommes le lendemain de Noël. Aujourd’hui ça fait 3 mois exactement qu’Ulysse est décédé. Orfée est couchée. Avec Patrick on a parlé. Il m’a raconté notre Noël déchiré. Il m’a parlé de son côté, de son bout d’papier. En fait, il a beaucoup pleuré. Il a pris les photos d’Ulysse et il a pleuré. Moi aussi j’ai pleuré. Notre bébé cassé, notre projet brisé, son premier Noël chiffonné, froissé, déchiré.
Je voudrais revenir aux temps d’avant, aux temps ou les femmes avaient tellement d’enfants, qu’elles ne les investissaient pas vraiment, le temps où on abanDONNAIT Ulysse. Voilà, ainsi s’achève Noël 2007, le Noël le plus affreux de nos 10 ans d’amoureux.
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« Répondre #1 le: 14 Novembre 2008 à 18:41:31 »

Bonjour Edwige

Je viens de lire le grand message que tu as posté. Merci de nous avoir parlé de ce noël si particulier. Noël est toujours difficile quand on vient de perdre un enfant.

Noël 2007 avait aussi été très dure pour moi...comme tu le dis, Noël c'est la naissance d'un enfant alors quand le notre n'est plus avec nous, celà prends un sens tout particulier...

J'ai relu tout de suite le blog que tu as créer pour Ulysse. Vous aviez décider de confier Ulysse si il était lourdement handicapé à une famille désireuse de l'accueillir...s'était un choix magnifique si vous ne vous entiez pas la force de l'accompagner...comme tu le dit si bien , c'était un don...Personne ne peut juger un pareil choix, au contraire...

Si tu te sens le courage, viens nous parler de ton petit garçon, de ce qu'il était , de ces moments de vie que vous avez partagé avec lui.

Je t'embrasse bien fort, et je suis bien en avance pour te le dire, je pense que j'aurrai l'occasion de te le redire, mais ce noel 2008, je penserai tout spécialement à toi

Je t'embrasse

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« Répondre #2 le: 15 Novembre 2008 à 11:27:41 »

Bonjour Edwige....

que d'émotions à lire ton texte sur Noel...
avec tant de vérités dedans....

MERCI du fond du coeur de nous le faire partager....

il y a une grande force qui t'habite, c'est celle de la douceur, de l'amour, de la tendresse...
et c'est là ton meilleur CADEAU pour Noël...
que ton coeur soit de nouveau comblé par ton Ulysse pour rayonner de cette force...malgré l'absence, malgré les jours noirs, malgré la bétise des gens...

Voilà mon cadeau pour toi, trouvé au fond de mon coeur...
je t'embrasse en lien avec tous nos petits
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« Répondre #3 le: 15 Novembre 2008 à 21:58:41 »

Bonsoir Edwidge,

J'ai aussi trouvé ton texte très émouvant . Beaucoup de souffrance, d'amour et d'authenticité dans ce que tu décris , dans ce que tu as véçu.
Et puis il y a aussi la douleur de ton mari, la tienne d'avoir perdu votre enfant Ulysse.
Merci de nous l'avoir partagé Edwige avec autant de simplicité et tant de coeur.

Je t'embrasse,
 Bénédicte
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« Répondre #4 le: 15 Novembre 2008 à 22:18:00 »

peut être tout simplement que saisi, au coeur de la tourmente, chacun se débat comme il peut, avance à son rythme, prend le chemin qui se présente pour survivre, chacun fait ce qu'il peut .... et pourtant on n'échappe pas à l'amour, chacun y vient à son rythme selon son histoire, sa façon de ressentir, sa façon d'aimer, et pourtant on n'échappe pas à l'amour.
Parce qu'on n'échappe pas à la souffrance et qu'on n'échappe pas à l'amour non plus, quelque soient nos choix. Parce que même un IMG, c'est un deuil à porter, ça n'épargne ni l'amour, ni la souffrance, parce que l'adoption, c'est aussi un deuil, qui n'épargne pas plus. parce que sur ce chemin, on ne peut qu'avancer, on ne peut pas annuler le diagnostic. C'est fait, la douleur est là, parfois l'amour aussi, très tôt, parfois plus tard.
ulysse a su se faire aimer de vous. il est probablement venu pour vous apprendre tant de choses à l'intérieur, comme nos enfants pour nous.
douces pensées pour votre tout petit.
Nath
Journalisée
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« Répondre #5 le: 19 Novembre 2008 à 16:29:22 »

bonjour Edwige,
Je suis très touchée par ce texte où tu exprimes vraiment ce que tu ressents, sans cacher tes émotions, avec simplicité.
C'est vrai que Noêl est une fête très difficile à vivre pour les personnes endeuillées, isolées, séparées, malades.
Merci pour ton témoignage.
 Tendres bisous à Orphée et douce pensée pour Ulysse.
Je t'embrasse affectueusement
Marie J.
Journalisée

Marie.J secrétaire de SPAMA et bénévole
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« Répondre #6 le: 19 Novembre 2008 à 23:46:36 »

Bonsoir Edwige,

j'avais lu ton texte si émouvant quand tu l'as posté.
Il est si naturel que les larmes sont montées lourdes, si lourdes. Noël sans nos petits, alors que c'est la fête d'une naissance, souvent partagée en famille. Nous, nous partirons à Londres tous les 4 et Titouan dans nos cœurs. Peur de me retrouver en famille avec trop d'émotions.
Ta tendresse, ton amour pour Ulysse sont si doux à lire.

Je t'embrasse

Hélène
Journalisée

Hélène, maman de Zachary (1993), Korentin (1998) et Titouan notre lumière (né sans vie le 26 août 2008, trisomie 18)
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