Ce temps de Noël est effectivement délicat, ravivant mon émotivité... et ce bout de chemin avec toi, Titouan, qui tourne en boucle dans ma tête, toutes ces petites choses qui m'émerveillent en temps normal que je ne pourrai partager avec toi... mon coeur pleure facilement en ce moment.
Je repense bien souvent encore à ce 2 décembre 2007, jour où nous avons planté ce gingko dans le jardin et jour de la naissance de ton cousin.
Pourquoi ai-je tant pleuré ce jour-là? Pourquoi je n'ai pas pu franchir les portes de la maternité, tétanisée, effondrée? Pourquoi me disais-je que je n'aurai plus d'enfant, de bébé à choyer alors que toi tu poussais déjà tout doucement dans mon ventre? Je ne le savais pas encore... Et pourtant je pleurai toutes les larmes de mon corps comme quand j'ai appris que tu étais atteint d'une trisomie 18 . L'après-midi de ce jour nous sommes allés planter tous les quatre, ton papa, ta maman et tes frères, le ginkgo biloba, arbre si plein de symboles pour nous. Instant immortalisé sur la pellicule. Et là j'ai encore pleuré auprès de ton bel arbre, l'implorant de me laisser voir grandir mes enfants. Pourquoi? J'ai peur aujourd'hui de ce que j'ai ressenti ce jour-là.
Quelques jours après, pourtant, j'apprenais que tu étais là, bien accroché, j'étais submergée d'émotions. Un enfant, porter la vie une nouvelle fois. Et j'ai senti une nouvelle force indescriptible en moi, une pulsion de vie, me faisant tourner la page de ce sein enlevé. J'ai repensé à ces larmes versées ce 02 décembre, ne les comprenant pas alors.
Tu étais là et je t'ai accueilli à bras ouvert, ou plutôt à cœur ouvert, toute bouleversée de cette nouvelle mission: te porter, te faire naître, te faire grandir. Des ces premiers instants je t'ai aimé. J'étais transportée.
Tu as poussé tout doucement. Je sentais très rapidement que tu étais un bébé tout délicat. Je croyais même que tu étais une petite fille

. Tes petits mouvements que j'attendais avec tant d'impatience et qui ont toujours été si doux. Ce n'était que du bonheur même si j'ai été plusieurs fois prise d'inquiétude de te perdre dans mes nuits agitées.
Je me sentais forte, vivante, je te sentais si présent, si vivant aussi, même si ta présence physique restait très discrète.
Alors le jour où le médecin de Toulouse nous a annoncé tes malformations et surtout le risque que tu ne pourrais peu ou pas vivre, je ne pouvais y croire, c'était impossible, je te sentais si vivant en moi.
Je ne pouvais pas me séparer de toi. Avorter, non trop dur, trop cruel. Et j'avais ce sentiment si fort que ce serait te trahir après tout ce que tu m'avais apporté, après tout ce que nous ressentions ensemble. Mais souffrais-tu ou allais-tu souffrir à ta naissance? Je n'aurai pu accepter cela. Tes mamans de coeur de spama et les médecins m'ont rassurée. Je pouvais t'offrir un maximum de vie avant que tu ne partes, à ton heure, et non la nôtre.
Cela n'a pas été facile tous les jours. J'étais comme coupée du temps, je ne pensais qu'à toi. Je voulais tant profiter de toi. Cela n'a pas été facile pour ton papa et tes frères. Progressivement, une fois ta naissance bien organisée, j'ai pu retrouver un peu de disponibilité pour eux. C'était essentiel aussi.
Tu as été vaillant, Titouan. Tu es allé jusqu'au terme de la grossesse. Tu as tenu 9 mois, c'était déjà beaucoup. Que de moments partagés magnifiques, de l'amour concentré sur neuf mois.
Que de souffrance aussi le jour où j'ai compris que ton coeur s'était arrêté. Toute cette journée du lundi à attendre la confirmation à la maternité.
Tu as été vaillant alors moi aussi je devais trouver la force d'aller jusqu'au bout, de te mettre au monde moi-même, même si tu étais déjà mort. Je n'ai presque pas dormi de la nuit. Il était convenu que l'on déclencherait l'accouchement le mardi matin afin que tu puisses naître le jour. Ainsi tes frères, ta grand-mère pourraient venir te voir s'ils le souhaitaient. Une nuit entière face à moi-même pour essayer de trouver cette force.
J'ai eu une crise de panique au matin peu après la prise des comprimés. Je tremblais, j'avais si froid, j'avais peur je pense de me séparer de toi, définitivement et aussi de te voir sans vie. C'est en me frictionnant les bras et les jambes que j'ai pu me calmer. Les contractions ont commencé alors. C'était parti pour une heure trente intense, un tsunami. J'ai découvert les vertus du ballon. C'était violent, limite incontrôlable. J'ai cru que mon coeur aussi aller s'arrêter. Ton papa était là, ma main dans la sienne si rassurante, mon autre main dans celle de l'auxiliaire. Quatre, nous étions quatre pour ta mise au monde.
Et tu es arrivé. Je t'ai pris avec l'aide de la sage-femme. J'ai eu mal de voir ton petit corps déjà si marqué. Je t'ai lové contre moi, tout chaud de mon ventre. Je t'ai embrassé, caressé, tout doucement pour ne pas t'abîmer. Je sentais tout le poids de ton petit corps sur mon coeur. Une heure avec toi peau à peau et encore presque deux heures après t'avoir habillé. Je n'oublierai jamais, ton papa non plus.
La séparation est vraiment douloureuse, on n'est jamais vraiment prêt. Il nous faut apprendre à vivre une autre relation désormais avec toi, Titouan.
Mais que d'amour partagé. Amour qui se mue en force pour avancer. Je te porte en moi, Titouan.
Je voulais partager ton histoire aujourd'hui. Il y aurait tant à dire encore. Mais j'ai déjà fait assez long.
J'appréhende ce rdv médical important ce mercredi. Pourrais-je porter à nouveau la vie, vous offrir à toi, Zac et Korentin un frère ou une soeur? Ou seras-tu le dernier? Si j'ai un autre enfant, risque-t-il d'être malade lui aussi? Des questions si importantes.
Tu veilleras sur moi je le sens.
Je vais maintenant décorer ta tombe avec le joli houx, que j'ai cueilli vendredi avant qu'il neige!
Tout plein de tendres

pour toi Titouan.