Soins palliatifs et accompagnement en maternité
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Auteur Fil de discussion: Qu'il est douloureux et solitaire de chemin de l'absence  (Lu 6463 fois)
Tiloue
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« Répondre #15 le: 23 Février 2009 à 17:05:06 »

Chère Hélène,
Moi aussi je suis toute bouleversée par ce cri de douleur. Je ne te comprends que trop bien lorsque tu dis que tu as l'impression de naviguer entre deux mondes, parce que moi désormais c'est comme ça que je vis aussi. Je suis pleinement avec mes deux fils "terrestres" lorsqu'ils sont auprès de moi, et lorsque je suis seule, je suis toute entière à ce petit bout d'homme qui a bouleversé ma vie, qui est invisible, ou retombé quelque peu dans l'oubli pour les autres et pourtant tellement présent pour moi.
Mais j'espère, comme nous l'avait dit Isabelle, qu'un jour nous arriverons nous aussi à laisser "partir" nos petits, sans pour autant les oublier bien sûr. En attendant, il faut accepter de se donner du temps.

Quant à la réaction de ton mari, elle ne me rappelle que trop bien celle d'Alexandre. Je comprends oh combien ce que tu ressens, et cette impression d'éloignement.

Durant les mois qui ont suivi le départ de Calixte, pendant que moi je hurlais ma douleur, lui me disait que notre fils ne lui manquait pas, puisqu'il n'était pas prévu qu'il reste. Et à chaque fois que j'essayais d'évoquer Calixte, je me faisais un peu envoyer paître en me disant qu'il fallait passer à autre chose. C'était horrible. Jamais il ne l'évoquait, jamais il n'allait sur sa tombe. J'avais l'impression que notre bébé n'avait qu'un seul parent : moi. Puis la psy qui me suit avait réussi à me faire comprendre que c'était certainement un moyen pour lui de se protéger, de refouler cette souffrance et que je n'avais pas le droit de lui dicter ma façon de faire le deuil. Et que ce mutisme de sa part concernant notre fils ne signifiait pas forcément qu'il n'y pensait pas. Alors j'ai intégré le fait de vivre avec Calixte dans mes pensées, de mon côté, de faire des choses pour lui seule. J'ai du fortement m'imposer pour pouvoir mettre une photo de lui sur mon bureau.
Et puis le jour de Noël, avant d'aller chez mes parents, je souhaitais déposer une bougie sur sa tombe. Arrivés au cimetière, je ne lui demande même pas de venir avec moi. Mais au bout de quelques minutes, je le vois arriver sur la tombe. Je retourne vite à la voiture car Marceau et Clément étaient dedans (ils n'avaient pas non plus voulu venir, je n'insiste jamais). Au bout d'un quart d'heure, Alexandre revient, les yeux pleins de larmes en me disant que c'était tellement dommage.

Tout ça pour te dire, qu'il aura fallu plus d'un an pour qu'il accepte de laisser sortir quelque chose. J'ai vraiment compris à ce moment là, que Calixte existait bien pour lui, qu'il aimait cet enfant au même titre que les deux autres mais qu'il vivait ce deuil à sa manière.
Il lui arrive même de reprendre les gens lorsqu'on nous félicite pour ce « troisième » enfant que nous attendons : « non, c'est notre quatrième ». Et j'avoue que ça me soulage beaucoup. Mais comme me l'avait dit la psy, il faudra accepter qu'il n'en parle peut-être jamais.

Je suis désolée d'avoir été si longue, mais je voulais juste te faire partager notre vécu en espérant que ton mari et toi retrouverez la sérénité.

Je t'embrasse très fort et t'envoie tout mon courage.
Tiloue
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nathalie
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« Répondre #16 le: 23 Février 2009 à 22:59:07 »

chère hélène,
ce n'est pas facile de vivre dans le tourbillon des non-endeuillés au moins pendant la première année de deuil. Je pense qu'il y a vraiment ce temps au moins de la première année et cet immense décalage face à tout ce remue ménage extérieur. Je pense qu'il s'agit d'un rythme naturel de deuil, avec en prime cet espèce d'étirement du temps à l'infini, un temps un peu sans gout ni couleur, un peu fade, sauf les souvenirs bien sûr.
Moi personnellement, j'essaie de me mettre un peu à l'éccart pour moins me blesser, pour respecter mon rythme et mon besoin de temps. Pas de vacances, pas de repas, des sorties uniquement familiales, la rigidité de mon deuil me protège de tous ces aléas.
En ce qui concerne le décalage dans le couple, il est décrit aussi dans les phases du deuil, que l'on trouve facilement sur internet. Et puis, que veux tu , ils ne l'ont pas senti bougé dans leur ventre, ... les pauvres papas ont très peu connu leur bébé, nous nous avons partagé un seul et même corps, nous avons mélangé nos âmes pendant neuf mois, seconde après seconde. Je sais que c'est douloureux, mais on ne peut pas avoir la même histoire, ni les mêmes ressentis. Tu as dans ta chair des sensations jusque dans l'absolu de la douleur de ton accouchement dont ton entourage a été privé, c'est pour moi un privilège. C'est aussi tellement plus douloureux.
Je pense bien à toi et à ton titouan qui flotte au dessus
nath
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isabelle
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« Répondre #17 le: 24 Février 2009 à 12:17:11 »

Coucou Hélène,

j'ai bien aimé le récit de Tiloue...et vais te partager le mien...juste pour te faire comprendre le décalage qu'il peut y avoir et la façon dont certains papas vont vivre leur deuil et finir par faire émerger leurs sentiments si longtemps cachés...
à la maison, peu de temps après le décès d'Emmanuel, on ne parlait plus trop de lui...même si mes enfants me comprenaient et me consolaient plus facilement que mon mari...je trouvais cela étonnant, comme une forme d'indifférence que je n'appréciais pas vraiment....
et puis un an et demi après, mon mari a commencé à ne plus supporter de croiser un enfant dont l'age se rapprochait de celui qu'aurait dû avoir notre petit Emmanuel...il fallait parfois changer de trottoir, de rang quand nous étions assis quelque part...et ses yeux se remplissaient de larmes...
ce fut pour moi le moyen de parler avec lui (ce qu'il ne voulait pas trop avant...) et de lui faire prendre conscience qu'il avait aussi un deuil à faire...et là il a enfin compris qu'il avait bien occulté cette douleur...

j'ai l'impression qu'il y a des papas qui sont spontanément dans l'expression de leurs émotions et d'autres qui ont inconsciemment une position de repli...pour ne pas s'en occuper...mais à un moment ou à un autre, leurs sentiments émergent....effleurent à la surface...à nous de saisir cette occasion pour leur montrer qu'on peut les comprendre, qu'on peut partager avec eux cette douleur...
ils comprennent alors que cela nous fait du bien de voir leur chagrin...

en tout cas, tu es ici dans un espace de liberté où tout peut se dire et se partager, dans l'amitié et la vraie compréhension, celle qui vient du coeur et de notre expérience commune...

en lien très fort avec toi...
n'oublie jamais la merveilleuse maman que tu es et dont nous pouvons témoigner...
je t'embrasse de tout mon coeur en te souhaitant bon courage pour ce temps si difficile
Isabelle
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Maman d'Aude, Edouard, Hugues, Laurent et Emmanuel, né et décédé le 18 février 2002 (trisomie 18 et hernie du diaphragme, décelés à 12 SA)
HélèneTh
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« Répondre #18 le: 25 Février 2009 à 00:15:08 »

Merci de votre soutien à toutes... cela fait vraiment du bien de vous lire.
Je sais que la patience sera la voie vers un meilleur équilibre... et le dialogue aussi... mais posé...

Ce besoin de m'éloigner est un peu comme un réflexe de protection. Car les rares fois où nous parlons de Titouan, que je tente d'exprimer ce que je ressens pour lui et de tout ce temps de la grossesse, les mots de mon mari souvent me blessent (même si c'est involontaire de sa part), nos ressentis sont si différents et je n'arrive pas à encaisser ces blessures sans ressentiment. Et pourtant je ne veux surtout pas que Titouan nous éloigne, bien au contraire je voudrais qu'il nous rapproche et j'aimerai tant au fond de moi parvenir à évoquer notre enfant ensemble avec tendresse. Peut-être ne pourrons nous pas? Je ne sais pas et si non je ne sais pas comment je l'accepterai.
La grossesse est tellement plus intellectuelle pour mon mari, ce que j'ai ressenti lui semble bien incompréhensible. Titouan était malade, il ne pouvait pas vivre, il faut l'accepter avec fatalité, un peu comme si l'attachement ne s'était pas vraiment fait. Et pourtant ce texte qu'il avait écrit seul pour les obsèques de Titouan était si fort, trois pages, tout y était!!! Et aujourd'hui, je vais seule au cimetière, tout ce que je fais pour Titouan, je le fais souvent en douce de peur d'une réflexion maladroite.

Je pense que ces réactions de mon mari sont une façon de se protéger face à la peur de réveiller une douleur, une souffrance trop forte, peur de ne pas pouvoir l'encaisser, il faut dire que les quatre années passées n'ont pas été faciles...
Alors, nous voilà bien bancales tous les deux, la fatigue n'arrangeant rien, ça dérape Embarrassed
Ralentir le rythme est certainement une bonne idée, Isa... d'autant que nos deux grands garçons ont bien besoin de nous (certains signes nous ont interpelés ces derniers temps).

Une grosse bise à vous toutes.

Hélène
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Hélène, maman de Zachary (1993), Korentin (1998) et Titouan notre lumière (né sans vie le 26 août 2008, trisomie 18)
isabelle
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« Répondre #19 le: 25 Février 2009 à 11:42:24 »

un petit coucou Hélène...

juste pour te réconforter et te rassurer....

je trouve très touchant que ton mari ait écrit cette longue lettre à votre Titouan au moment de son enterrement...
il doit estimer aujourd'hui qu'il a peut-être tout dit et tout fait pour lui...à sa manière, avec ses mots à lui, pour lui dire adieu et lui exprimer sa tendresse de papa...
peut-être ne comprend-il pas ce besoin que tu vis de revenir chaque jour sur le passé que tu as vécu avec ton Titouan...? c'est peut-être cela qui le perturbe...
pour nous les mamans qui avons porté nos bébés, nous ne pouvons pas détacher notre pensée d'eux aussi facilement...tout notre corps nous parle de cette absence qui nous fait si mal....

mais cette lettre te montre bien combien il était attaché à Titouan, votre enfant à tous les deux...
rassure toi de ce côté là...

je pense très fort à toi et t'envoie une douce bise, avec toute la chaleur de mon coeur...
Isabelle
« Dernière édition: 02 Mars 2009 à 10:34:02 par isabelle » Journalisée

Maman d'Aude, Edouard, Hugues, Laurent et Emmanuel, né et décédé le 18 février 2002 (trisomie 18 et hernie du diaphragme, décelés à 12 SA)
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« Répondre #20 le: 25 Février 2009 à 22:33:15 »

Bonjour Hélène

Moi aussi j'ai envie de te rassurer en t'apportant mon témoignage.

Ma conviction personnelle est que mon mari a moins souffert que moi, ce qui ne veut pas dire qu'il aime moins sa fille que moi = sur ce point, j'ai l'absolue certitude qu'il a aimé et aime toujours sa fille du plus profond de son coeur.

Ce que je veux dire, c'est que la douleur qu'il a ressenti est moins violente, moins permanente, moins physique. Elle est différente et moins handicapante, moins envahissante qu'elle ne l'a été pour moi.
Parce qu'il était physiquement moins fusionnel avec elle que moi qui l'avais portée, je pense que le manque d'elle a été pour lui plus mental que physique. Il n'avait pas ce manque d'elle dans sa chair.

J'ai été déçue au début de voir que nous ne vivions pas le deuil de la même façon, et que je ne pouvais pas l'associer à tous les gestes que moi j'avais besoin de faire. J'ai compris qu'il n'en avait pas besoin, pas envie. Parfois je le sentait un peu moqueur, voire agacé. ça me faisait mal, et ça entravait mes envies.

ALors j'ai posé une bonne fois pour toute que notre amour était tout aussi fort pour elle l'un que l'autre.
Puis j'ai décidé que nous ferions route à part pour le deuil = j'ai fait le deuil du deuil commun (ça devient compliqué mais c'est exactement ça !).

Moi j'avais besoin de vivre le mien selon mon coeur, car je sentais que c'était la route qu'il me fallait pour me relever un jour.

Lui en vouloir d'être différent, c'était ne pas le respecter lui, c'était tenter de le faire culpabiliser de ne pas avoir mal comme moi, c'était mettre en doute son amour pour sa fille, c'était me servir de lui comme bouc émissaire de mon chagrin.

Je lui ai juste dit que je ne lui demandais rien, que je respectais sa façon d'être, mais que je voulais qu'il respecte ma façon d'être aussi. Qu'il se rassure, je n'étais pas folle = toutes les mamans comme moi vivaient la même chose. Il devait me faire confiance, j'allais avancer lentement, très lentement, comme toutes les mamans. Je lui demandais juste de m'écouter quand j'aurais besoin de lui parler, pour qu'il sache ou j'en serais.

Je crois aussi que ça le rendait dingue de voir qu'il ne pouvait pas consoler mon chagrin. C'est une période où nous avons beaucoup beaucoup fait l'amour, je crois que c'était sa façon à lui de me dire "ma chérie je voudrais tant réussir à te consoler un peu, soulager un peu la lourdeur de ton chagrin".


hou la la, j'ai été très longue, désolée...
Douce Hélène, ton mari t'a donné la plus belle preuve de son amour pour Titouan dans cette longue lettre.
Il est papa finalement et pas une maman. Mais pleinement papa, pas un demi papa. Sois-en certaine.

Je t'embrasse
Françoise
« Dernière édition: 25 Février 2009 à 22:38:06 par francoise » Journalisée

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Jessica
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« Répondre #21 le: 26 Février 2009 à 09:48:56 »

Bonjour les mamans (et les papas!),
les messages d'hélène et vos réponses ces derniers jours me font sortir du mutisme dans lequel je me suis plongée...
Je ressens exactement la même chose que ce que vous avez décrit. Oui, moi aussi je suis en train de me rendre compte qu'il n'y aura pas de deuil à deux, un deuil pour consolider le couple en quelque sorte...Ca fait mal de vivre cet éloignement dans un moment où on se sent si seule avec notre douleur. On a l'impression que son couple est à nouveau en péril, comme au moment où il fallait choisir entre interrompre ou continuer la grossesse, alors que l'on pensait sortir tellement forts à 2 de cette épreuve..
Et il est difficile de parler de tout ce que l'on ressent, d'une part parce qu'on ne trouve pas toujours les mots pour exprimer la douleur physique ressentie, et d'autre part parce que notre homme et nos amis, même proches, ne peuvent pas tout comprendre, et ont même peur pour nous. Ce n'est pas un reproche, car je ne leur souhaite jamais de connaître cette situation, mais il faut avouer que cela renforce le repli sur soi-même...
il m'est moins difficile de rester seule pour l'instant que de me forcer à faire bonne figure, surtout le soir. Mes amis n'attendent pas forcément que j'aille bien d'ailleurs, mais c'est plus fort que moi, le chagrin ne s'exprime vraiment que qd je suis seule, ou parfois avec guillaume.
C'est bizarre car je ne me reconnais même pas dans ces paroles. Je suis quelqu'un de très sociable et ouvert d'habitude, mais là voir trop de monde m'épuise vraiment, physiquement et moralement...
Comme pour ton mari françoise, guillaume est stressé car il voudrait soulager ma tristesse et qu'on avance, mais il n'y peut rien, et moi non plus. Je cherche désepérement qui je suis devenue...
Vos messages me rassurent, dans le sens où tout cela semble s'atténuer au fil du temps..mais comme toi hélène, vivre ces instants au quotidien est très pesant. On sait que notre humeur peut basculer d'une minute à l'autre car la douleur ne prévient pas, et cette instabilité est source de mal-être. Je pensais que vivre la mort de ma petite gabi serait le pire moment de toute cette aventure; mais je n'avais pas soupçonné que l'absence serait si dure à gérer, que le temps pour se relever allait être très long.
Je vous embrasse, merci d'être là et de partager vos expériences, on se sent malgré tout un peu moins seule (et un peu moins folle aussi, il faut l'avouer..)
Jessica
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Bénédicte
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« Répondre #22 le: 26 Février 2009 à 17:28:16 »



Bonjour les mamans,

Je me retrouve dans les grandes lignes de ce que vous avez partagé les unes et les autres, notamment dans ce sentiment de deuil à faire seule. Je voulais juste y ajouter ceci qui n'est bien sûr que mon ressenti personnel : pour moi  ce sentiment de m'éloigner de mon mari s'est avec le temps apaisé, estompé. Nous avons cheminé  bien  différemment et même si aujourd'hui je me sens encore parfois envahie par les émotions, je suis plus sereine et j' évoque facilement notre enfant avec mon mari. C'est alors le souvenir de cet enfant et ce qu'il nous a apporté qui renforce un peu plus notre lien de couple.
Je voulais juste préciser ce point pour dire que ça n'est peut-être pas parce que nous vivons des moments de deuil singulièrement différemment que nous ne pouvons pas nous rejoindre plus tard. En tous les cas, c'est comme cela que je l'ai véçu.

Je vous embrasse ,
Bénédicte
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Maman de Mathilde, Alice, Eloïse, Bertille née le 12 avril  et décédée le 10 juillet 2004 (trisomie 18) et de Inès.
nathalie
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« Répondre #23 le: 26 Février 2009 à 20:43:41 »

bonjour à tous,
je retrouve dans vos témoignages de cette période de deuil. Je pense que de toute façon le deuil plonge dans une extrème solitude, le découragement, la lenteur du temps, le manque de saveur et de goût, la tristesse et la solitude font partie intégrante de cette période de vie. Du temps où on portait le deuil, je pense que cela rendait les choses pas forcément plus faciles, mais socialement plus reconnues. On n'est pas en deuil comme "en dehors de la période du deuil". Et nous les mamans qui sommes les accompagnatrices de nos petits, nous vivons la perte de neuf mois d'intimité, nous seules avons eu l'extrème chance de bénéficier de la présence charnelle de nos petits pendant leur courte vie. D'ailleurs pendant la grossesse, les messieurs ont aussi beaucoup de mal à être comme nous, peut être tout simplement parce que leur nature est différente et que de ce fait celle de leur deuil l'est aussi.
Le plus facile est peut être de réussir à se débattre le moins possible contre l'énergie inhérente à cette période qui ralentit tout, même l'affectif. Peut être que nous payons notre manque de rituels.
peut être faut il renoncer à demander aux hommes de ressentir comme les femmes.
Je te souhaite hélène de pouvoir te retrouver avec ton mari, prends le temps du deuil comme un temps de crise émotionnelle, comme un temps de non décision peut être. Je te souhaite aussi moins de souffrance.
Nath
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HélèneTh
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« Répondre #24 le: 26 Février 2009 à 23:19:26 »

Bonsoir toutes et tous,
je te rassure Nath, je ne suis pas à l'heure des décisions. Il me faut juste arriver à reprendre un peu de recul, la fatigue, la solitude dans mon chagrin diminuent certains jours mon seuil de tolérance.
Mais je rejoins Jessica, et Tiloue aussi, dans ce repli sur soi. Moi aussi j'ai ressenti ce besoin d'être seule, seule avec mes émotions, mes pensées vers Titouan. Surtout dans les tous premiers mois. Comme une intimité, un lien privilégié, tout notre être, notre corps, notre esprit, est emporté dans la tourmente du deuil. En présence des autres, je vis l'instant présent sans trop laisser paraître mais c'est une fois seule que toutes les émotions remontent, comme un flot brutal parfois, comme si elles ne pouvaient remonter que quand je suis seule.
Comme tu dis Nath, nous avons eu le privilège de vivre charnellement avec nos petits pendant le temps d'une grossesse, c'est un don merveilleux. Et je comprends tout à fait que les papas ne peuvent vivre le deuil de la même façon. Mais comme le dit Françoise, nous devons apprendre à nous respecter réciproquement. Et ce n'est pas simple tous les jours. Les mots peuvent aussi être maladroits entre nous parents et blesser.
Alors que la vie a pris un goût doux amer, j'aspire à une relation amoureuse plus chaleureuse pour redonner un peu de saveur à cette vie, retrouver la force d'amour de notre petit homme.  Mais voilà, on est bancal tous les deux, chacun se débat comme il peut avec ses émotions, son quotidien et nous nous rejoignons difficilement. Cela va être un long travail duquel on devrait sortir plus fort. Merci Béné de ton message d'espoir.
Ne t'inquiète pas Jessica, ce que tu ressens est bien normal. Même si tu es d'un naturel très sociable, faire le deuil de son bébé est un tel chamboulement qu'il nous faut un certain temps pour "revenir". Et puis je le ressens comme toi, on ne se reconnait plus trop parfois. Dis toi que tu es plus riche aujourd'hui d'une histoire d'amour sans comparaison, ta petite Gabi t'aura marqué à jamais, te rendant plus sensible à tout. Et il faut retrouver ses repères.
Ici, en tout cas, on est jamais seul(e) pour avancer sur cette route parfois bien sinueuse!

Hélène
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Hélène, maman de Zachary (1993), Korentin (1998) et Titouan notre lumière (né sans vie le 26 août 2008, trisomie 18)
isabelle
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« Répondre #25 le: 01 Mars 2009 à 11:01:43 »

Coucou Hélène,

ce petit message pendant le temps du week-end en espèrant que cela te permet de te retrouver quand même en famille...dans des moments où la tendresse peut se dire un peu, à petits pas...
j'aime bien ton expression "on est bancal tous les deux"....elle est fondamentalement juste...avec l'absence de votre Titouan...
et puis on est tellement fragile dans le deuil de son enfant...comme une porcelaine ultra fine et toute craquelée que la moindre poussée craquelle encore plus...
en plus de la fatigue énorme que l'on ressent...j'avais moi aussi l'impression que je ne m'en sortirais jamais...
je pense aussi que cette aventure mélée d'amour et de chagrin intense nous transforme radicalement...nous ne sommes plus les mêmes après...et ça, cela dérange nos maris/compagnons qui ont du mal à le comprendre, à nous comprendre tant ils ne nous reconnaissent plus...
cela peut leur faire peur...du coup, ils essaient de "freiner" comme ils peuvent, en évitant tout ce qui pourrait rappeler notre enfant...et là, ils se trompent, en aggravant la situation...

je te souhaite de tout coeur de trouver un petit moyen de vous rejoindre, sur un point commun, sur un projet à penser ensemble...
tu sais combien le temps et la patience sont nécessaires....on est maman à vie...alors apprivoiser l'absence de son bébé est un rude chemin qui nous décape et nous rend vulnérables...tu as une immense délicatesse en toi qui saura trouver la voie adaptée...sans oublier toutes tes amies qui pensent à toi très fort, malgré les distances...
je t'envoie un peu de notre soleil bien timide du Nord...chargé d'affection pour toi
Isabelle
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« Répondre #26 le: 01 Mars 2009 à 21:27:59 »

Chère Hélène,

De retour de vacances, je lis tes messages, très émouvants ....
Je pense fort à toi, et à ces difficultés qui jalonnent ton chemin de deuil.
Je me retrouve aussi, dans cette solitude cruelle que tu ressens, dans ces maladresses réciproques, dans cet éloignement qui fait peur, dans ces peines qui s'accumulent, dans ce besoin de faire vivre Titouan malgré son absence ....

Je voudrais que malgré tout tu continues à croire que la paix reviendra, que l'espoir n'est pas vain, que l'amour est plus fort, que la lumière est au bout de ce chemin si ardu ....

Nous sommes là, pour partager, avancer, accompagner ..... en lien autour de nos petits bébés, qui nous ont transformés.

Je t'embrasse de tout coeur, et je reviendrai t'écrire bientôt (les valises, les cahiers, les enfants ..... m'attendent)
Je pense très fort à toi,
Solange.
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Solange, Maman de
Agathe (1993), Martin (1995), Basile (1997), Adèle (née le 23 Décembre 2000 et morte le 25 Décembre 2000), Jacques (2001), Rosalie (2004), Céleste (2006), et Grâce (30 Juillet 2008).
noisette
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« Répondre #27 le: 02 Mars 2009 à 19:38:37 »

Oh ma chère Hélène...

Je découvre à l'instant tout tes messages...je n'ai malheureusement pas le temps de t'écrire tout ce que j'ai sur le cœur....mais sache que je suis de tout coeur avec toi...je reviens dès que j'ai 5 min pour te répondre...

Je t'embrasse

Claire-noisette

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« Répondre #28 le: 02 Mars 2009 à 23:29:33 »

Bonsoir les mamans,

Je crois que je vais devoir lever un peu le pied. Le travail et surtout le retour dans la société (avant je pouvais "sélectionner" les personnes que je voyais) me demande trop d'énergie et je n'arrive plus à prendre de recul et c'est ma famille qui subit. Et ça non je ne veux pas.
Nous nous sommes retrouvés tout doucement avec mon mari ce week end. Nous avons bien pris conscience qu'on se faisait mutuellement du mal mais surtout que nous souhaitions plus que tout nous rapprocher. C'est vrai, je pleure tous les jours ces temps-ci et ça le déstabilise énormément. Je sais qu'il y aura encore bien des périodes critiques, je me sens encore si ébranlée.

Mais de petits rayons de soleil percent à nouveau, de beaux moments que je cueille et savoure.
Merci pour votre amitié et votre soutien.

Hélène
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Hélène, maman de Zachary (1993), Korentin (1998) et Titouan notre lumière (né sans vie le 26 août 2008, trisomie 18)
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« Répondre #29 le: 03 Mars 2009 à 10:47:50 »

Chère Hélène,
Prends tout le temps dont tu as besoin pour te remettre. Le temps, il n'y a que ça.
Comme tu le dis, le retour à la société n'est pas facile. Il faut affronter les autres, avec cette impression d'être lâchée comme un enfant qui entre pour la première fois à l'école et qui doit trouver ses repères. Bien sûr que tout cela demande beaucoup d'énergie, en plus de celle que tu dois trouver pour supporter l'absence de Titouan. Mais dis-toi que chaque étape franchie est un pas de plus sur le chemin de cette épreuve.
Je suis heureuse de lire que ton mari et toi avez réussi à renouer le contact. Cela te donnera de la force pour la suite. Tu as tout a fait raison de vouloir te recentrer sur ta famille, c'est elle qui compte avant tout. Consolider les liens pour avancer ensemble.
Courage ma chère Hélène.

Je t'embrasse bien fort
Tiloue
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Maman de Marceau (2003), Clément (2005), Calixte (né et décédé le 30 octobre 2007) et Elouan (2009)
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