|
isabelle
|
 |
« le: 07 Septembre 2008 à 10:54:52 » |
|
Chère Françoise,
je pense que c'est une idée à développer puisque tu la demandes...nous n'avons pas de sujet tabou ici, même si celui-ci est bien difficile et reste douloureux encore pour certains... nous partagerons nos expériences...elles sont forcément différentes... pour les unes, ce fut un temps qui s'est passé dans une forme de douceur... pour les autres, comme toi, ce fut presqu'un combat ....en tout cas un temps douloureux...
je reviendrai te raconter la mienne à toi de le faire de ton côté quand tu seras prête bien sûr...et ensemble nous cheminerons autour de ce sujet délicat... je t'embrasse de tout coeur et à bientôt Isabelle
|
|
|
|
|
Journalisée
|
Maman d'Aude, Edouard, Hugues, Laurent et Emmanuel, né et décédé le 18 février 2002 (trisomie 18 et hernie du diaphragme, décelés à 12 SA)
|
|
|
|
nathalie
|
 |
« Répondre #1 le: 09 Septembre 2008 à 14:05:01 » |
|
Je viendrais aussi témoigner de mon approche de la mort quand j'aurais un peu passé le cap de cette satané de ......... de rentrée des classes et émergée du quotidien. Mon approche doit être assez marginale puisque j'ai totalement accepté la mort de mon enfant, qui est pour moi, de la sérénité et de l'intensité que j'en ramène, une expérience fabuleuse, intimement convaincue de l'intensité d'amour dans laquelle baigne ma fille, intensité que je ne pouvais moi même lui proposer. Ma fille est donc morte dans mes bras et c'est les yeux dans les yeux en lui disant de se laisser doucement glisser, en lui donnant le droit de repartir que je l'ai raccompagnée. elle m'a fait un cadeau inestimable en m'attendant pour mourir. J'en reviens avec une telle douceur et lumière intérieure que j'ai un peu honte d'en parler ainsi. je ne peux pas expliquer pourquoi je vis les choses ainsi, c'est choquant, je l'admets, pour les autres mamans. mais c'est ainsi et mon amour pour ma fille est sans doute aussi fort que celui des autres, j'aurais offert sans hésiter ma vie pour elle. et c'est peut être par amour que j'ai choisi de me réjouir du destin qu'elle s'est choisi, elle qui était si peu faite pour notre monde.
|
|
|
|
|
Journalisée
|
|
|
|
|
HélèneTh
|
 |
« Répondre #2 le: 09 Septembre 2008 à 15:03:30 » |
|
Nath, tes mots ne me choquent pas particulièrement. Notre ressenti est intime et ne peut être jugé. Je ressens parfois les choses comme toi et c'est dans ces moments là que je suis en paix. Titouan a choisi de partir avant de naitre, ce que j'ai quand même trouvé très dur à vivre. Je ne l'ai pas vu partir mais juste senti partir ... sans vouloir y croire sur le moment... après avoir essayé de communiquer avec lui tout le matin de ce lundi "noir". C'est peut être pour ça que je suis plus vulnérable le matin depuis. Mais pour moi Titouan n'est pas et ne pouvait pas être un petit bébé de chair, son destin était autre... un petit bébé de lumière, un grand message d'amour, il ne pouvait pas vivre parmi nous tous, pas armé pour ça (une trisomie 18 laisse si peu de chance)... Ce n'était pas sa vie. Comme me disait une amie, il est venu chercher tout l'amour dont il avait besoin avant de repartir pour une nouvelle vie. Comme toi elle pense que les bébés choisissent leurs parents. Je suis heureuse qu'il m'est choisie et qu'il m'est fait connaître une telle expérience d'amour même si aujourd'hui mon coeur pleure de ne pas pouvoir le prendre dans mes bras, le cajoler, l'embrasser, le materner. L'acceptation n'est pas facile pour moi. Mais en parler soulage. Ce dont je suis sûre c'est que Titouan sera ma lumière à jamais. Je le sens chaque jour en moi. Hélène
|
|
|
|
|
Journalisée
|
Hélène, maman de Zachary (1993), Korentin (1998) et Titouan notre lumière (né sans vie le 26 août 2008, trisomie 18) 
|
|
|
|
noisette
|
 |
« Répondre #3 le: 09 Septembre 2008 à 15:37:59 » |
|
Je voudrais vous partager aussi la façon dont la mort de Thibault est survenu...
Nous en savions pas si il allait naître vivant ou pas. Notre petit Thibault étant si fragile, il pouvait décédé au cours de l'accouchement. Il est né vivant...puis, s'est éteint doucement contre mon coeur, dans mes bras, caresser par ses parents. Nous avons essayée de l'entourer le mieux possible. J'ai vécu ce moment dans une paix dont je ne me croyais pas capable...tout c'est fait dans la douceur. Par contre, j'avais déjà aborder le sujet dans le post qui lui est consacré, c'est la nuit suivante qui fut très difficile, je dirai même violente. Je révais qu'on m'arrachais mon enfant alors qu'il était toujours vivant pour l'emmener dans une chambre froide. Je me débattais et je disais au médecin...voyer il est encore vivant mais personne ne voulait me croire pourtant je le voyais bouger. Aujourd'hui encore, je me souviens de ce rêve avec beaucoup de détails...je pense que j'ai pris conscience de la séparation à ce moment là...Thibault étant mon premier bébé, j'ai vécu la séparation naturelle de l'accouchement et la séparation du à la mort en même temps...ce qui explique sans doute cette violence qui a été retranscrite dans ce rêve. Je ne me suis apaisée, que le lendemain, quand je suis retourné le voir et que je me suis rendu compte que la petite étincelle de vie de mon fils n'étais plus là. Il restais son corps mais ce n'était plus vraiment lui...je ne sais pas si c'est très clair ce que je raconte!
Aujourd'hui attends un petit frêre ou une petite soeur pour bientôt, je refais des rêves plus ou moins similaire, ou mon bébé né, puis meurt et personne ne veut me croire qu'il est mort...tout le monde me dit qu'il va bien, je ne m'en inquiète pas car je sais que mon inconscient à assimilé la naissance à la mort...espérons que l'avenir lui donne tord...en tout cas j'essaye d'y croire , au maximum avec ma conscience et je chasse au loin ces idées noires!.
Claire-noisette
|
|
|
|
|
Journalisée
|
Claire, maman de Thibault (né le 6 octobre 2007 et décédé 1 heure après), et d'une petite Lucie, née le 28 septembre 2008
|
|
|
|
francoise
|
 |
« Répondre #4 le: 16 Septembre 2008 à 22:54:01 » |
|
Merci Isabelle d’avoir ouvert ce sujet…
Je souhaitais l’aborder car ça reste pour moi le moment le plus douloureux et sans aucun doute le plus tabou, celui dont je parle le moins et que j’ai mis le plus de temps à accepter, à intégrer. ..
Je n’avais pas parlé de la mort avec les médecins pendant la grossesse, en tout cas pas de manière détaillée. On avait vaguement abordé le sujet de la morphine, je n’avais pas voulu avoir de détail, je leur faisais confiance.
Et puis surtout je m’étais fait un scénario de la fin de vie, beaucoup basé sur des bébés décédés dans les quelques minutes ou heures suivant la naissance. J’avais imaginé que tout se déroulerait dans la douceur, dans le silence de notre étreinte, mon bébé s’endormant calmement pour l’éternité contre mes lèvres. Et j’en ai parlé tant de fois autour de moi pour rassurer mon entourage, en premier lieu mon mari, mes parents et beaux-parents…
Mais ça ne s’est pas déroulé ainsi, et j’en ai beaucoup souffert durant sa dernière nuit et pendant des mois ensuite. J’ai eu longtemps l’impression d’avoir trahi ma fille et d’avoir menti à mon mari qui m’avait suivi sur ce chemin si fou.
Ce soir en écrivant ces lignes, je pleure encore, mais ça fait tellement de bien de pleurer sur cette blessure qui est sans doute celle dont la cicatrice est la plus fraîche pour moi…
Ma fille n’est pas morte dans une paix absolue, détendue et paisible. Ma fille n’est pas morte en silence dans mes bras, contre mes lèvres et je n’ai pas senti ses dernières minutes arriver.
Durant sa dernière nuit, nous avons été pris en charge par un médecin de garde que nous n’avions pas rencontré auparavant. Avec du recul, je sais qu’il a très bien fait son travail et que ma petite Adèle a été très bien prise en charge, qu’elle ne souffrait absolument pas physiquement. Mais elle avait de temps à autre des moments de colère comme peuvent avoir les bébé en rogne : moi à mes yeux, c’était des moments où elle me criait sa détresse, son désespoir, peut être sa douleur. Le médecin essayait de me rassurer, lui sans doute connaissait très bien ces réactions d’un petit bébé qui est mal à l’aise dans une situation qu’il ne comprend pas, qui bouleverse tout l’ordre établi depuis 9 jours, et dans un petit corps qui, même s’il n’est pas douloureux, ressent des choses étranges se passer, différentes de d’habitude, sans doute inconfortables. Moi, je ne retenais qu’une chose = ce n’était pas comme ça que c’était censé se passer, tout m’échappait, et je n’arrivais pas à faire confiance à ce médecin.
Ma fille a eu ces « rages » à plusieurs reprises pendant la nuit. Je ne sais pas combien de fois, peut être 7 ou 8 fois. Dans mon vécu de maman, c’était de toute façon beaucoup trop fréquent. Et je n’arrivais pas à calmer ces crises, elle semblait être encore moins bien dans mes bras (je devais transpirer d’angoisse, pas étonnant qu’elle ne se sente pas rassurée…), j’étais déchirée de me sentir si impuissante. J’avais l’impression qu’elle m’en voulait de l’avoir emmenée sur cette route effrayante. J’ai même douté un moment de mon choix…et si l’IMG avait été un chemin plus doux finalement… La puéricultrice a su trouver les mots pour me rassurer, me certifiant que ma présence auprès de ma fille était pour elle le meilleur réconfort du monde. Et puis elle m’a aidé à trouver les bons gestes pour lui manifester ma présence, je crois aussi que mon cœur de maman un peu apaisé à trouvé le chemin = chanter tout doucement une berceuse, effleurer son front du bout des doigts, chuchoter du bout des lèvre des mots d’amour et toute l’immensité de ma peine…
Au matin, l’équipe que je connaissais a repris son service, je me suis sentie mieux entourée, mieux comprise dans ma souffrance de maman. Ils ont décidé de commencer à lui donner de la morphine pour l’aider davantage à se détendre. Quand ils se sont affairés autour d’elle pour changer la perfusion de poignet, elle s’est mise à crier comme elle l’avait fait durant la nuit, de toutes ses forces, pendant un bon moment. J’y ai vu un cri de révolte parce qu’on lui faisait des misères supplémentaires à sa petite main, j’étais déchirée…
Et puis tout a coup j’ai vu son regard chavirer dans ses yeux grands ouverts, et son cri s’est tû, elle s’est figée. Rapidement les soignants se sont reculés pour nous laisser reprendre notre fille dans nos bras. Elle a eu un dernier soupir environ 30 seconde plus tard, peut être est-ce ça le dernier soupir ?
Dans les moments et les heures qui ont suivi, j’étais assez sereine, portée toute entière par l’amour vécu et aussi une forme de soulagement de la savoir enfin délivrée.
Mais j’ai ensuite rapidement ressenti à nouveau beaucoup de culpabilité et je ne pouvais pas en parler avec beaucoup de gens : qui pouvait entendre ce que j’avais à dire et me rassurer ? Tout le monde était tellement bouleversé, quand j’osais dire comment elle était morte, mes proches partageaient tellement ma douleur, trouvaient cela tellement dur, tellement violent... ça augmentait mon sentiment de culpabilité...
J’ai beaucoup souffert dans les jours et les semaines, et finalement jusqu’au premier anniversaire de sa mort parce que je n’avais pas compris, ou en tout cas pas accepté 3 choses= - ma fille n’est pas morte tel que je l’avais prévu, tel que je le souhaitais, tel que je le rêvais : - mais ma fille est morte à sa façon, telle que sa mort à elle devait survenir, selon son destin = c’est toujours comme ça que la mort naturelle survient. Enfant, adulte ou vieillard, la mort ne fait pas de différence. - Etre mère ne signifie pas avoir la maîtrise de la vie de son enfant, on les porte, on les aime, on essaye de les protéger de toutes ses forces, mais finalement on ne fait que les accompagner, qu’être là à leur côté pour être les témoins bienveillants de leur vie, de leur destinée. Malheureusement, on ne peut pas prendre en charge la mort à leur place. Oui on peu éventuellement mourir aussi, en plus, mais pas à la place…
Je suis certaine que j’aurais beaucoup mieux vécu sa mort si j’avais été entourée par l’équipe soignante que je connaissais déjà et en qui j’avais mis ma confiance. Si on m’avait expliqué les échelles d’évaluation de la douleur auparavant. Je suis certaine que j’aurais moins mal vécu cette dernière nuit si j’avais été prévenue qu’un bébé peut ne pas avoir envie de mourir, peut lutter contre la mort qui arrive, et d'autant plus vigoureusement s'il a 9 jours et déjà un amour profond de la vie.
En accompagnant depuis 2 ans d’autres parents, je me suis rendue compte que comme moi ils n’osaient pas trop poser de questions sur la mort avant, se demandant s’il fallait savoir ou pas à l’avance. Et certains ont pensé après coup comme moi, qu’ils auraient peut être mieux vécu la fin s’ils en avaient sû un peu plus avant. Pas tout sans doute, mais quelques jalons sur les scénarios possibles, quelques repères pour éviter des moments de très grande angoisse.
J’ai un dernier mot à dire, et il est pour les soignants = j’ai eu la chance de pouvoir reparler du décès de ma fille avec les soignants plusieurs semaines après. J’ai pu poser toutes mes questions, faire le point sur mon ressenti et celui de ma fille, parler de ce décallage et de toute la culpabilité que je portais, tout réanalyser et tout bien comprendre pour en ressortir avec la certitude que ma fille n’avait pas souffert. Cet échange a été pour moi salvateur, et a marqué le début de mon long chemin d’acceptation. N’hésitez pas à le proposer aux familles que vous accompagnerez, et même à les relancer dans les jours ou semaines qui suivent s’ils n’ont pas repris date eux-mêmes.
J’ai été si longue, je suis désolée…Merci à ceux qui m’auront lue jusqu’au bout ! Françoise
|
|
|
|
« Dernière édition: 16 Septembre 2008 à 23:58:30 par francoise »
|
Journalisée
|
Maman de Quentin (né en 2004), Adèle petite étoile que nous avons accompagnée jusqu'au matin de son 10ème jour (hypoplasie cardiaque découverte à 22SA, née le 29/8/2006 et décédée le 7/9/2006), Thomas (né en 2007) et Baptiste (né en 2012).
|
|
|
|
nathalie
|
 |
« Répondre #5 le: 17 Septembre 2008 à 11:15:29 » |
|
Marie aimée est morte dans mes bras, les yeux dans mes yeux en néonat. Elle m'a attendu pour mourir. Quand j'ai pu venir la voir le dimanche matin poussée en chaise (césarienne oblige), l'infirmier m'a dit qu'elle était en pleine forme, et moi je n'arrivais pas à capter son regard, j'ai trouvé cela étrange et quand je l'ai eu dans mes bras, j'ai su. 10 minutes plus tard, son coeur commençait à faiblir, elle commençait aussi à gémir, j'ai accepté de la morphiner avec soulagement. Le personnel a appelé son papa mais je leur ai dit qu'il n'aurait pas le temps d'arriver. Ils ne m'ont pas cru, les enfants dans ce cas mettent plusieurs heures à mourir. Mais moi je savais. Alors j'ai dit à ma petite fille qui avait un peu peur qu'il était temps de repartir, que si elle avait dit au revoir à son papa, ce n'était pas la peine de se retenir de mourir, je lui ai dit de se laisser glisser, je lui ai expliqué combien il était doux de mourir, je lui ai demandé de regarder dans la lumière. ma petite fille s'est apaisée. Les autres bébés gigotaient dans leur couveuse pour échapper à la mort si proche, on a tiré un rideau derrière nous, j'étais tout à ma fille. elle est morte à pas de velours sans peurs et sans souffrance, rythmée par ma voix et portée par tout l'amour que j'avais en moi. Quand elle est morte, je l'ai senti mourir, j'ai appelé le médecin "madame, elle est morte". Son papa n'avait pas eu le temps d'arriver. Nous sommes allées en chaise dans la pièce pour enfants morts de la néonat. Là je l'ai habillée, je lui ai fermé les yeux et la bouche. Je ne savais pas combien il était difficile de fermer les yeux d'un mort. L'infirmier est venu m'aider à bloquer la bouche de ma petite fille avec une compresse et les lacets d'un bonnet. Après avoir refermée ma petite fille, je me suis préparée à accueillir mes autres enfants et à les soutenir, car maman avant tout, c'est à eux que je me devais, et dans cet au delà de la douleur et de la souffrance que j'avais atteint pendant que je portais marie aimée, je ramenais une force indescriptible et une intimité avec la mort qui m'ont rendu cette démarche plus facile. J'ai accompagné mon enfant dans la mort comme je l'ai accompagné dans la vie dans mon ventre, en lui offrant sans doute tout ce que je pouvais lui offrir, et je ne pensais pas avoir tout ça en moi. Nath
|
|
|
|
|
Journalisée
|
|
|
|
|
isabelle
|
 |
« Répondre #6 le: 19 Septembre 2008 à 10:04:40 » |
|
coucou les mamans....
vous êtes venues dire le fond de votre coeur sur un sujet inavouable, sur un sujet caché de tous...la venue de la mort sur nos tout-petits... c'est bouleversant à lire c'est essentiel à dire pourtant
je reviendrai parler avec vous de tout cela, dès que les temps seront plus calmes ici où passe une tornade... à très bientôt, les mamans je vous porte dans mon coeur au quotidien Isabelle
|
|
|
|
|
Journalisée
|
Maman d'Aude, Edouard, Hugues, Laurent et Emmanuel, né et décédé le 18 février 2002 (trisomie 18 et hernie du diaphragme, décelés à 12 SA)
|
|
|
|
isabelle
|
 |
« Répondre #7 le: 15 Octobre 2008 à 14:31:00 » |
|
Bonjour Françoise,
j'attendais des temps un peu plus calmes et l'occasion de faire le point avec mon directeur de mémoire (professeur de néo-natologie) avant de revenir vers toi....sur ce sujet si délicat, si douloureux et si important à la fois...
je comprends ta grande détresse de n'avoir pas pû te préparer aux derniers instants de ta fille, comme ils se sont réellement passés...tu as dû avoir la terrible impression d'avoir été trompée, d'avoir été bercée d'illusions...tu t'es pris tous ces évènements dans la figure et tu n'avais rien pu anticiper .... c'est bien que tu en aies reparlé avec les soignants qui ont accompagné Adèle et que cela t'ait apaisé....aussi j'espère de tout coeur ne pas venir te troubler....
mais je pense que je te dois quelque information importante que ce professeur m'a transmise...
à l'approche de la mort, il y a chez les bébés, comme chez toute personne, un phénomène réflexe qui apparaît, celui que l'on appelle "le gasp", à savoir un mouvement inspiratoire qui se produit, parfois plusieurs fois de suite, espacé de plusieurs heures ou de quelques minutes, parfois en une seule fois ou à peine visible.... c'est un réflexe ancestral (comme d'autres réflexes, tels que la déglutition...) quand ces mouvements inspiratoires deviennent très amples, ils sont impressionnants pour l'entourage qui n'y a pas été préparé aujourd'hui, aucun argument médical (et là, ce professeur a été formel) ne peut laisser penser que c'est le terrain d'un stress ou d'une douleur...d'où l'importance pour lui de présenter aux parents le phénomène en des termes justes...pour les médecins, c'est juste la certitude de l'approche de la mort... et si cela devient trop impressionnant, il est toujours possible de calmer le bébé par un sédatif adapté...
en relisant ton histoire, je me demandais si les colères de ta petite Adèle au cours de sa dernière nuit n'étaient pas liées à ce phénomène inspiratoire qui se mettait peut-être en place et qui devait la perturber, la faisait réagir, sans pour autant parler de stress... ce n'est qu'une simple hypothèse de ma part... ce qui est sûr par contre, c'est que les médecins ont tout fait pour elle...et qu'elle a bien senti ta présence à ses côtés, présence pleine d'amour et de tendresse pour elle, même si elle ne pouvait pas t'en dire plus à ce moment là...elle a vécu sa mort dans un accompagnement total...et tu peux en être très fière...
je n'ai pas connu d'expérience comme la tienne mais en entendant les explications médicales que j'ai reçues, j'ai compris la signification des dernières inspirations d'Emmanuel, avant qu'il ne sombre en apnée dans le coma...
Merci à toi, Françoise, de nous avoir donné la possibilité de parler de ce sujet si difficile...
de tout coeur avec chacune Isabelle
|
|
|
|
|
Journalisée
|
Maman d'Aude, Edouard, Hugues, Laurent et Emmanuel, né et décédé le 18 février 2002 (trisomie 18 et hernie du diaphragme, décelés à 12 SA)
|
|
|
|
francoise
|
 |
« Répondre #8 le: 17 Octobre 2008 à 22:49:05 » |
|
Merci Isabelle pour cet éclairage, cela me bouleverse  mais je crois que ça m'aide, que ça me fait avancer encore...la mort est tellement insondable, c'est quelque chose de tellement mystérieux et redoutable.. Je me sens particulièrement émue ce soir parce que j'accompagne actuellement une maman sur un autre site qui vient de perdre l'un de ses jumeaux, et dont la grossesse se poursuit néanmoins avec ce bébé mort en elle. C'est un chemin qui doit être si terrible et sur lequel je ne sais pas forcément bien l'accompagner... Merci Isabelle, tu ne me choques pas, tu as toujours les mots si justes et tant à m'apporter, merci. J'ai hâte de lire ton mémoire, bravo pour tout ce que tu fais pour nous. Je t'embrasse Françoise
|
|
|
|
|
Journalisée
|
Maman de Quentin (né en 2004), Adèle petite étoile que nous avons accompagnée jusqu'au matin de son 10ème jour (hypoplasie cardiaque découverte à 22SA, née le 29/8/2006 et décédée le 7/9/2006), Thomas (né en 2007) et Baptiste (né en 2012).
|
|
|
Victoire
Full Member
  
Messages: 214
|
 |
« Répondre #9 le: 20 Mars 2011 à 20:41:04 » |
|
je me suis un peu balladée sur les fils de discussion,et celui-ci m'a interpellée.. je ne me sens pas capable aujourd'hui de relater le depart de mon bébé, mais je me retrouve dans tes mots francoise... le depart de mon ptit coeur a été si innattendu, violent, stressant ,angoissant, "inconnu"...  je parle de cette sensation k mon bébé "agonisait"... cecidit, je pars kan meme avec cette info isabelle, sur le depart des bébés et cet "instinct" d'inspiration..."gasp" j'aurai tellement voulu le savoir avant... pour k ce moment soit "moins" tumultueux,agité,et angoissant par rapport a notre "meconnaissance" de ce moment k nous etions en train de "subir", tous les trois... j'avais peur pr mon bébé, je me suis demandée ce ki se passait, je me suis vue devenir folle... surtout, quand un medecin du service, mais "non referent" de satine, m'a laché un: " mais il ne faut pas craquer,madame",apres l'avoir sollicitée sur " l'etat" dans lequel se trouvais satine....  je me suis posée multes questions, affolées par cet evenement, prise dans mon tourbillon d'emotions... mais oui, merci francoise d'avoir "deposé" ton histoire... isabelle d'avoir "ecrit" ,je pars avec ca, "en plus" pour moi...
|
|
|
|
|
Journalisée
|
|
|
|
|
isabelle
|
 |
« Répondre #10 le: 21 Mars 2011 à 10:54:11 » |
|
Victoire, je comprends que tu sois revenue vers cette discussion...en découvrant que le décès de ta petite puce a été bien difficile pour toi c'est important de pouvoir en parler ici très librement pour que nous nous sentions bien en paix avec ces derniers instants de notre enfant... les soignants n'osent pas parler des derniers instants ou ont peur de les aborder, pour ne pas nous rajouter du stress...en fait, chaque bébé, comme chaque personne adulte, va partir à sa manière et on ne peut pas anticiper l'évènement, d'où cette réserve à parler de tout cela en général...
oui, les gasps sont juste un réflexe du corps qui existe aussi chez les personnes agées... mais dans ces situations, les connexions avec le cerveau ne se font plus.... si cela devient trop impressionnant à vivre pour l'entourage, il faut vraiment se rappeler que l'on peut aussi donner dans ces derniers instants une médication adaptée....
sois apaisée avec toi-même, Victoire.... la grande certitude que tu dois garder est que ta puce a senti tout l'amour de sa maman, rien que pour elle....et cela jusqu'au bout.... en lien de coeur avec toi Isabelle
|
|
|
|
|
Journalisée
|
Maman d'Aude, Edouard, Hugues, Laurent et Emmanuel, né et décédé le 18 février 2002 (trisomie 18 et hernie du diaphragme, décelés à 12 SA)
|
|
|
Victoire
Full Member
  
Messages: 214
|
 |
« Répondre #11 le: 21 Mars 2011 à 15:24:07 » |
|
isabelle, alors satine etait "bien deja" partie quand je suis arrivée le matin dans le service; j'ai eu l'impression k "je n'avais k son enveloppe charnelle" dans mes bras, completement affolée j'ai sollicité les soignants pour leur demander ce ki se passait, je sentais k mon ptit poutch n'etait plus là, mais tu vois je ne voulais pas y croire, je me disais k non c'est pas possible, surtout k la veille "tout allait bien"; je voulais a ce moment là, k l'on m'explik ce ki se passait, k je l'entende, k les soignants m'eclairent sur ces "gasps"... nous etions trois, dans la chambre, comme "abandonné a notre triste sort", mon bébé dans les bras... quel sentiment d'impuissance, de colere, d'injustice, de desarroi+++++++++++++++++++++++++++++++++++++++ seul, nous etions seuls, perdus et nous avons vecu sa mort encore et encore et encore et encore... c'est inhumain ca...!!! mon coeur de battre s'est arreté ce jour là... dans notre "minable enveloppe charnelle de parents" completement desemparés, et là j'ai senti k nous etions reduit a une "merde", impuissants, tous autant k'ils sont, impuissants et incapables de prendre leur responsabilité de medecin pour "donner l'autorisation" d'administrer l'antalgik...alors k cela avait eté protocolisé; l'antalgik elle l'a recu kan je me suis "enervée"..et cest le med ref. ki a geré la situation avec nous... et là, elle est partie tjs dans mes bras...mais comme ils ne me disaient rien, moi j'esperai k'elle revienne a elle... oooh non, alors, mon bébé n'a pas du me sentir, ne m'a pas entendue, a ce moment là, car elle etait deja partie......  j'en pleure, je ne sais pas si satine est bien là ou elle est finalement; j'emets l'hypothese k'elle est dans un monde meilleur ailleurs, mais là je ne sais pas j'en doute... je suis fatiguée de mes masturbations cerebrales certainement,et pourtant je n'arrive pas a fonctionner autrement... merci isabelle d'avoir pris le temps de me repondre...et de m'eclairer.. je t'embrasse tres fort...  victoire
|
|
|
|
|
Journalisée
|
|
|
|
|
cristalhan
Invité
|
 |
« Répondre #12 le: 21 Mars 2011 à 16:01:15 » |
|
et là, elle est partie tjs dans mes bras...mais comme ils ne me disaient rien, moi j'esperai k'elle revienne a elle...
Ma Victoire ne doute pas que Satine ait pu ressentir ton Amour, celui de son papa aussi. Peut être pas à la minute de son départ mais tout avant lorsqu'elle en était consciente. Je n'étais pas avec Nohan moi non plus car pas dans le même hôpital, mon mari non plus car lorsque les médecins lui ont dit que c'était bientôt la fin il a "choisi" de lui dire adieu à sa façon et de venir près de moi pour que l'on soit tous les deux, main dans la main quand l'équipe de la réa pédiatrique nous appelerait pour nous dire que ....c'était fini..... Tu vois je ne peux te l'écrire sans pleurer..encore et encore, j'aurais tant aimé être avec lui, à défaut être seule mais que mon mari l'accompagne, j'aurais tant aimé ne jamais avoir à vivre ce cauchemar aussi... Tu remets tout en question à la lecture d'infos supplémentaires et c'est bien normal...ça ne te rappelle rien ? : mon éventuelle choléstase gravidique et moi... Je ne sais pas pourquoi nous sommes si dures avec nous même mais je ne veux pas que tu le sois ainsi avec toi. Je ne sais pas ou est Satine mais avec une maman pleine d'Amour comme toi à chaque seconde elle ne peut qu'être réchauffé par ta couverture de douceur, d'Amour inconditionnel. Je t'embrasse très fOrt !!
|
|
|
|
« Dernière édition: 21 Mars 2011 à 16:17:23 par Cristalhan »
|
Journalisée
|
|
|
|
Victoire
Full Member
  
Messages: 214
|
 |
« Répondre #13 le: 21 Mars 2011 à 19:01:12 » |
|
ben ouais laura, je sais..et oui je viens de revenir de "ma seance"pour "decharger" un peu... je sais k j'ai eu "de la chance" d'avoir satine pendant "tout" ce temps aupres de moi, et d'avoir pu etre là quand elle est partie, alors que d'autres mamans n'ont pas eu cette chance...  mais, je ne voulais surtout pas qu'elle souffre, mon coeur, et c'est cette image "enfouie" en moi ki a ressurgi en lisant cette nouvelle info. car, oui, quand j'avais satine dans les bras, et qu'elle "gaspait", j'avais vraiment cette sensation k'elle souffrait, et je le pense encore aujourd'hui... chak personne est differente, et donc je pense k'elle était avec moi, quand meme, "meme si elle gaspait" et k cela a duré....  je le pense car apres l'antalgik, satine s'est detendue dans mes bras, et nous avons fait de gros calins, mon visage niché dans son cou pour m'ennivrer d'elle.... oui, je souris et je pleure en te lisant... c'est vrai tu as raison, "encore une fois", quand tu dis k'il ne faut pas tout remettre en question.... merci ma laura d'etre là, je t'embrasse tres fort  et te serre la main++++++
|
|
|
|
|
Journalisée
|
|
|
|
|
isabelle
|
 |
« Répondre #14 le: 22 Mars 2011 à 08:07:53 » |
|
Oh, Victoire, je suis profondement touchée et bouleversée de voir toute ta souffrance resurgir au détour d'une de mes explications... Je ne comprendrais JAMAIS pourquoi il faut se battre parfois pour qu'un bébé puisse recevoir un antalgique quand il n'est pas bien... Tous ces souvenirs sont douloureux pour toi, Victoire, mais tu t'es battue comme une maman louve pour protéger ta puce... Tu peux être fière de toi et garder dans ton cœur la force que tu as déployée pour elle, dans un élan d'amour inconditionnel... C'est un trésor à préserver...même si tu viens revisiter encore et encore ces souvenirs... Comme le dit Laura, on est dur avec nous mêmes tant la mort de nos bébés nous fait souffrir... j'espère aussi que tu ne m'en voudras pas d'avoir réouvert ce sujet bien difficile... En lien de cœur avec toi Isabelle
|
|
|
|
|
Journalisée
|
Maman d'Aude, Edouard, Hugues, Laurent et Emmanuel, né et décédé le 18 février 2002 (trisomie 18 et hernie du diaphragme, décelés à 12 SA)
|
|
|
|