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Auteur Fil de discussion: Le Mur  (Lu 1229 fois)
Lucy
Invité
« le: 09 Octobre 2007 à 15:55:53 »

Bonjour,
Voici le texte dont j'ai parlé l'autre jour. Je le trouve très juste. L'original an anglais se trouve plus bas.
Bonne soirée à toutes et à tous
Lucy
(version française traduite de l'anglais par moi-même - donc excusez moi les erreurs. Je compte sur Isabelle pour les corrections !  Grin)

LE MUR

Tu es en train de marcher avec tout le monde, le soleil brille, tout va bien, et là, tu rentres BOUM dans un mur de briques. Et cela fait mal – même très mal. Tu as mal à la tête, à la poitrine, là où est ton cœur bat, et au ventre. Et cela te secoue comme seul un tel choc peut le faire. Cela t’arrête net dans ton chemin. Et tu restes debout là en train de te demander: "Comment ça se fait que je ne l’ai pas vu arriver ? Qu’est ce qui vient de se passer? Comment peut-on me faire une chose pareille?" Tu regardes autour de toi et tous les autres semblent parfaitement bien contourner le mur. Ils continuent comme si de rien n'était et le soleil brille toujours pour eux. Ils ne voient même pas le mur. Ils ne savent même pas qu’il est là. Et tu te rends compte que tu ne savais pas qu’il était là avant de te taper dedans – tu ne savais même pas qu’il y avait un mur que tu pourrais heurter –pas maintenant, pas à ce stade. Lentement, tu te ressaisis. La douleur dans ton ventre est devenue une nausée, ton cœur fait toujours mal, ta tête est pleine de questions à propos de ce mur de briques. Comment? quoi? où? pourquoi? Surtout POURQUOI? Pourquoi quelqu’un te laissearit-il heurter ce mur de brique – pourquoi il’ont-ils mis devant toi et personne d’autre?

Tu peux re-marcher maintenant que la douleur dans ton ventre, et peut-être dans tes jambes, a diminué. Donc, doucement, tu contournes le mur et tu arrives de l’autre côté. Mais ce n'est pas la même chose de ce côté là. C’est plus gris et plus vide. Et tu sais que tu as laissé quelque chose derrière – quelque chose de très précieux et que tu veux récupérer. Tu te retournes et le mur est là, derrière toi, et tu as l’impression qu’il te heurte avec la même force quand tu te rends compte que tu ne peux pas revenir en arrière. Il bloque ta route et il sera toujours là. Tu frappes le mur avec tes poings, tu pleures, tu cries, mais il est incassable et absolu. Il ne te laissera pas récupérer ton précieux petit paquet – ce paquet doit rester de l’autre côté et tu dois continuer sans lui. Tu ne peux pas reprendre le même chemin que tu suivais avant de heurter le mur de brique. Cela est impossible. Donc, tout ce que tu peux faire, c’est d’avancer et de marcher à partir de là. Mais c’est dur et tes jambes n’ont pas envie de le quitter. Tu sais que quand tu regardes derrière toi, il est toujours là. Tu vas peut-être le perdre un peu de vue, mais si tu regardes bien, tu le verras toujours – même de très loin. Tu regardes autour de toi à nouveau et tu vois tous les gens qui n’ont jamais heurté le mur de brique qui continuent aussi. Tu parles de ce mur à certains et ils compatissent – "cela a du faire mal", disent-ils. Tu as l’air en forme pourtant– tu n’a pas de plaies ou de bleus visibles, parce que ceux là guérissent. "Donc ça doit aller maintenant",  disent-ils. Tu as envie de crier," mais mes blessures sont à l’intérieur". Comment cela se fait que tu n’es pas au courant de l'existence de ce mur – pourquoi cela n’aura pas pu être toi qui l’aies heurté à ma place. Et puis tu te sens mal – tu sais que tu ne voudrais pas vraiment que quelqu’un d’autre heurte ce mur.

Certaines personnes sont bien. Peut-être ont-ils vu le mur dans le passé ou peut-être sont-ils passés très près – peut-être sont-ils de bons amis ou de la famille qui ferment les yeux et imaginent vraiment ce que cela fait de heurter ce mur. Ce sont eux qui t’aident à continuer d'avancer. Les gens te disent que tu n’heurteras plus jamais ce mur de brique – cela n'arrive seulement qu'une fois dans la vie. Et tu as envie de les croire, même si tu ne peux jamais en être certain. Devant toi, tu as l’impression que ton chemin va de nouveau croiser le soleil – ce même soleil dans lequel tous les autres baignent. Et tu peux peut-être apercevoir juste là un autre paquet qui t’attend pour que tu le ramasses et que tu le portes avec toi toute ta vie. Et peut-être, si tu es assez forte et que tu continues d’avancer, qu’un jour tu y arriveras. Mais ce n’est pas le même paquet qu’avant – cela ne peut pas l'être. Celui là est derrière le mur. Le mur qui est toujours là, si tu regardes derrière toi. Et là-bas, sur le mur, pour toujours, est écrit un message avec des lettres d’un kilomètre de haut, un message que toi seul peux voir :
                                  "Mon bébé chéri, repose en paix".

Rachel Butterworth (écrit pour sa fille Rhianna, mort-née le 16/10/05.)
SANDS newsletter “Footprints” 2006 issue 2.


THE WALL

You are walking along fine with everyone else and the sun is shining and all is well, then you walk SLAM into a brick wall. And it hurts – it really  hurts. It hurts your head and your chest where your heart is and your stomach. And it shocks you as only slamming into a brick wall can. It stops you dead in your tracts. And you stand there thinking, “How did I not see that coming? What the hell happened? How could someone just do that to me?” And you look around and everyone else seems to be walking round the wall. They are carrying on like nothing happened and the sun is still shining for them. They don’t even see the wall. They don’t even know it’s there. And you realise you didn’t even know it was there till you hit it – you didn’t even know there was a brick wall you could hit – not now, not at this stage. And slowly you pull yourself back together. The pain in your stomach has turned to a sick feeling and your heart still hurts, your mind racing with questions about this brick wall – How, What, Where, Why??? Mostly WHY??? Why on earth would someone make you walk into this wall – why did they have to put it in front of you and no-one else?

And you can walk again now the pain in your stomach and maybe your legs has lessened. So you slowly make your way around the wall and to the other side. But it doesn’t look the same on the other side. It’s greyer and emptier. And you know you’ve left something behind – something very precious and you want it back. So you turn round and there is the brick wall behind you and it seems to hit you with the same force again when you realise you can’t go back. It’s blocking your path and it will always be there. You pummel your fists on it and cry and shout at it but it’s unbreakable and absolute. It won’t let you get your precious bundle back – that has to stay on the other side and you must carry on without it. You can’t go back to the path you were on before you hit the brick wall – it’s impossible. So all you can do is go forward and walk on from it. But it’s hard going and your legs don’t seem to want to walk away from it. You know when you look over your shoulder it will always be there. It may fade a bit from view but if you look closely you will always be able to see it – even in the distance. And you look around you again and see all the people who never hit the brick wall carrying on too. You tell some of them about the brick wall and they sympathise – it must’ve hurt they say. You are looking very well despite this brick wall – you have no cuts or bruises on the outside because those heal. So you must be doing ok then now they say. But my wounds are on the inside you feel like screaming. How can you not know about this brick wall – why couldn’t you walk into instead of me? And then you feel bad – you know you wouldn’t really want anyone else to walk into that wall.

Some people are ok – maybe they have seen the wall themselves in the past or came close to it – maybe they are really good friends/family who close their eyes and do try to imagine walking into the wall. They are the ones who help you keep walking away from it. People tell you that you’ll never hit this brick wall again – it only appears once in your life. And you want to believe them even though you can’t ever be sure. Up ahead it looks like maybe your path does cross back into the sunshine again – the same sunshine that everyone else is basking in. And you can maybe just make out another bundle waiting for you to pick up and carry with you for the rest of your life. And maybe if you are strong and keep moving forward then you’ll reach it one day. But it’s not the same bundle as before – it can’t be. That one is behind the wall. The wall that’s always there if you look over your shoulder. And written on it forever more is the message in letters a mile high, that only you can see “My darling baby. RIP”.

Rachel Butterworth (written for her daughter Rhianna, born sleeping 16/10/05.)
Taken from SANDS newsletter “Footprints” 2006 issue 2.
« Dernière édition: 10 Octobre 2007 à 22:33:38 par isabelle » Journalisée
kraudran
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Messages: 53


« Répondre #1 le: 10 Octobre 2007 à 16:38:45 »

Lucy,

J'aime beaucoup ce texte! J'ai le meme sentiment (like slamming into a wall).

Merci!

Kristi
Journalisée

Maman de Caméron, Chloé, Ian, Maèva né le 22 août et décédé le 23 aout 2007 (Trisomie 18 avec encephalocele), et Nathân (notre nouveau petit bonheur)
isabelle
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« Répondre #2 le: 10 Octobre 2007 à 22:37:22 »

Bonsoir Lucy et Kristi... Wink

voilà, je viens d'apporter quelques petites corrections à ce texte si profond...

Merci à toi, Lucy, de l'avoir mis en ligne pour toutes les mamans...et pour leur entourage aussi...
Il aide bien à comprendre le choc et la difficulté extraordinaire de notre deuil... Sad

de tout coeur avec chacune
Isabelle
« Dernière édition: 10 Octobre 2007 à 22:44:41 par isabelle » Journalisée

Maman d'Aude, Edouard, Hugues, Laurent et Emmanuel, né et décédé le 18 février 2002 (trisomie 18 et hernie du diaphragme, décelés à 12 SA)
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